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jeudi 15 août 2019

En cas d'ennui

(Quelques idées musées pour le mois d'août à Paris)


Vous êtes à Paris (ou pas loin) au mois d'août, le temps n'est pas splendide et vous ne savez plus comment occuper vos (plus ou moins) petits qui commencent à trouver que ces vacances portent bien leur nom de "grandes" ? Vous venez de rentrer de voyage, le retour est d'autant plus rude qu'il reste encore deux bonnes semaines avant le 1er septembre ? Voici en vrac et un peu vite deux idées testées pour vous, et dont c'est le moment de profiter - que vous soyez touchés par l'ennui ou non - parce qu'elles ne vont plus durer longtemps.

Pour une combinaison visite et pause ludique, vous pouvez toujours compter sur l'incontournable Galerie des enfants du centre Pompidou ; mais, cerise sur le gâteau, l'installation qui l'occupe cet été (jusque début septembre, dépêchez-vous !) est articulée à la grande exposition "Préhistoire" qui vaut elle-même le détour : nous l'avons visitée à son ouverture, avec nos deux filles et une amie de notre aînée, un jour de grève de l'école, et ce fut un franc succès ; nous projetons d'ailleurs d'y retourner tant nous avons été enthousiasmés par la beauté des œuvres et par l'intelligente mise en regard de l'art contemporain avec des objets venus du fond des âges (magnifiques et fascinantes "Vénus", notamment) - un concept qui pouvait nous laisser sceptiques au premier abord (et la première salle est un raté qui aurait pu confirmer cet a priori), mais qui se révèle constamment pertinent, tant les œuvres ont été bien choisies. Les filles ont bien aimé la partie sur les dinosaures, avec ses figurines et ses vieux films, et nous avons tous joué avec plaisir à "Préhistoire ou 20e siècle ?" face à un magnifique parterre de sculptures et gravures - il était drôle de voir les filles tomber dans le piège face à un Modigliani, mais aussi de nous tromper nous-mêmes assez souvent ! En bref, une des meilleures expositions que j'ai visitées depuis longtemps.

Dans la Galerie des enfants, même mélange des époques, même concept : la Préhistoire au prisme de la modernité. Plusieurs activités développées par les premiers hommes sont ainsi proposées sous une forme revisitée : les empreintes de main sortent d'une imprimante couleur, les colliers de pâtes remplacent les colliers d'os, les enfants peuvent monter des tipis bariolés avec de grands pans de feutrine, s'essayer à imiter une danseuse filmée dans divers lieux modernes et décalés pour illustrer les principaux mouvements du corps humain, faire de la musique en frappant des tuyaux en métal. Même si l'imprimante est parfois à court d'encre et le fil fourni trop épais pour pouvoir y enfiler certaines pâtes (à chaque visite, c'est nous qui avons réalisé les colliers !), nos filles ont adoré cette installation (nous comptabilisons trois visites à ce jour), bien plus réussie que certaines des précédentes !

Nouveauté de cet été (et, malheureusement, de cet été seulement - attention, jusqu'au 26 août !), le musée de l'Orangerie a installé dans une partie de l'espace habituellement dévolu aux expositions temporaires un "repaire" pour les enfants (officiellement à partir de 6 ans, mais notre cadette de 4 ans y a trouvé de quoi s'occuper, de même que de nombreux adultes !) : ils peuvent y participer à une fresque murale collective en dessinant à la craie dans un décor inspiré d'un grand peintre, inventer les paroles des personnages de quelques tableaux en remplissant des bulles au feutre Velléda, compléter des dessins inspirés de plusieurs toiles du musée (dessins à demander à l'entrée de la pièce à l'animatrice qui n'anime rien du tout) ; des crayons de couleur sont disposés sur quelques tables, où les enfants sont aussi invités à inventer des histoires (mais aucun support ne vient nourrir leur inspiration) ; dans un coin, une petite sélection de livres (vraiment modeste) et deux ou trois coussins invitent à la lecture. L'existence de cet espace est complétée par deux initiatives : des projections de courts-métrages animés (sur les thèmes de l'art, de la musique, de la nature) ont lieu toutes les heures entre 10h et 17h dans l'auditorium voisin ; et vous pouvez réclamer à l'accueil (s'il est ouvert : je suis arrivée juste avant que l'hôtesse ne s'absente, ouf !) un coloriage et un livret - ou plutôt un dépliant, comme au musée d'Orsay, quoiqu'un peu moins encombrant - qui invite les enfants à chercher cinq toiles dans la collection Guillaume et leur propose d'imaginer une histoire autour du tableau avant de leur donner quelques explications sur les liens entre le collectionneur Guillaume et les peintres sélectionnés. Toutes ces initiatives sont louables et méritent d'être saluées : mes filles, comme d'autres enfants, étaient ravies de trouver un coin pour elles dans ce musée que nous avions déjà visité plusieurs fois avec elles.

Mais je dois dire que j'ai été un peu déçue et que seuls les courts-métrages m'ont semblé avoir de l'intérêt, même si certains étaient un peu tristounes. Les "histoires" proposées par le dépliant, très courtes, stimulaient moins l'imagination que l'observation, et s'apparentaient davantage à un commentaire d'image sans fantaisie ; elles étaient expédiées en quelques lignes pour ensuite laisser place aux informations. Un équilibre à mettre en rapport avec l'âge des enfants visés par le dispositif : 6-12 ans, âge scolaire, âge où l'on apprend (enfin). J'ai très souvent déploré que les livrets-jeux pour enfants ne soient proposés qu'à partir de 6 ou 7 ans, c'est-à-dire pour des enfants qui savent lire (comme si un parent ne pouvait leur lire consignes et questions) et qui vont à la "grande école", celle où l'on apprend des leçons d'Histoire ; comme si la découverte de l'art ne pouvait se faire que par le prisme d'une frise temporelle et sous une forme informative, même si le support a des apparences ludiques ; comme s'il n'était pas possible de créer un lien entre la créativité stimulée en maternelle dans des activités d'art plastique, et l'art que l'on découvre dans les musées. Comme si les musées devaient être aux yeux des enfants une institution comparable à l'école (dans une vision de l'école un peu "rétro", d'ailleurs), et non un lieu de liberté et d'imagination. Le modèle de l'école était d'ailleurs flagrant dans le "repaire de Lily" : coin lecture comme dans la plupart des classes, craies et feutres Vellédas côté matériel, et des consignes strictes sur chaque table (ne pas laisser ses dessins sur la table en partant, et bien replacer les crayons, qui sont même classés par taille !). Rien à voir avec le désordre créatif qui règne dans les divers "labs" et autres espaces de création que nous avons visités au Danemark ou en Norvège (grandes tables, éviers et tabliers tâchés de peinture, créations disposées partout, façon caverne des Mille et une nuits) - même le "lab" désert de la fondation Henie-Onstad à Oslo (article à venir), qui ne s'anime que le dimanche, portait la trace des créations précédentes (tâches de peinture, crayons en vrac et constructions en Kapla) et semblait être resté dans l'état où l'avait laissé une joyeuse bande de petits artistes. A l'Orangerie, pas question de désordre, encore moins de tâches de peinture : l'animatrice, qui se contentait de surveiller et de ranger, avait gardé les feutres pour elle ! A 17h30 (30 minutes avant la fermeture), elle avait déjà effacé la fresque et les dialogues, et il n'était pas question d'esquisser un nouveau dessin à la craie. Pour qu'un tel espace soit réussi, il faut qu'il soit véritablement animé par une personne qui stimule la créativité des enfants, et ne se contente pas d'être un distributeur de coloriages ! Il faut accepter le désordre, voire le bruit, bref la vie ! Il faut proposer aux enfants autre chose que ce qu'ils peuvent faire chez eux, ou au moins réinventer ces activités traditionnelles ou les articuler à ce qu'ils ont vu dans le musée (je crains que la fresque murale, par exemple, n'ait pas évoqué la moindre œuvre d'art aux enfants présents). Bref il faut encadrer un tel espace non pour le maintenir propre et rangé, mais pour dynamiser les activités proposées, alimenter la créativité des enfants, leur faire voir autre chose (sculpter l'argile au Louisiana, c'était quand même autre chose que de dessiner une robe à un personnage de Matisse !). Bref, l'initiative est assez rare en France (ou du moins dans les grands musées parisiens, paresseux en ce qui concerne l'accueil des enfants) pour qu'on l'applaudisse mais j'aurais aimé que ses instigateurs fasse preuve d'un peu plus d'imagination et de fantaisie, et s'adressent davantage à la créativité des enfants, quel que soit leur âge.

La France a encore beaucoup de progrès à faire pour l'éducation à l'art des enfants (il ne faudrait pas d'ailleurs parler d'éducation, mais plutôt de découverte, pour se libérer du modèle scolaire encore trop présent), même si les visites contées et autres ateliers fleurissent de plus en plus, parfois pour de très jeunes enfants (à la Fondation Louis-Vuitton, par exemple). A signaler, des efforts du côté du musée d'Orsay aussi, du moins sur le papier (et en ligne), avec un comptoir jeunesse mis en place dans le musée (pas encore testé pour vous), et surtout un tarif réduit "Enfant et compagnie" (11 euros au lieu de 14 pour deux adultes accompagnant un enfant de moins de 18 ans, c'est une petite réduction, mais c'est un début !) comme il devrait en exister dans tous les musées pour motiver les parents (et que le musée soit moins cher que le cinéma pour les familles !). A découvrir aussi (pour les jours de pluie ou de paresse) : les "promenades imaginaires" du Musée d'Orsay, podcasts proposant des histoires inspirées de tableaux, ou plutôt des monologues intérieurs de personnages du tableau ou de son décor (le chat d'un tableau de Renoir, la grande sœur d'un bébé peint par Berthe Morizot) ; notre aînée a bien aimé les écouter en regardant le tableau correspondant sur la tablette de son père, mais le caractère décousu du monologue intérieur, combiné aux informations généalogiques et mondaines sur les personnages du tableau et sur l'artiste, ont empêché notre cadette (4 ans) de rester attentive pendant les dix minutes d'écoute. Là encore j'ai été frappée par le manque de fantaisie des deux récits que mes filles ont écoutés : trop de realia, qu'il s'agisse d'identifier les personnages du tableau (fille de, nièce de…) ou de décrire leur ressenti (fillette chamboulée par la naissance d'une petite sœur ou inquiète car son papa est malade). Mais la douceur des voix des lecteurs s'accorde bien avec celle des toiles, et ces lectures ont offert un temps de rêverie calme à notre aînée.

Mais il y a encore du travail en direction de la toute petite enfance : des supports de visite devraient être créés pour les tout-petits et les classes de maternelle devraient toutes aller se promener dans un musée - se promener, et non visiter, pour que le musée soit pensé comme un espace ouvert et libre, davantage comme un parc que comme une école. Ainsi on pourrait articuler découverte de l'art et développement de la créativité. Et aller au musée avec des enfants, avec ou sans activité ludique, ne semblerait plus incongru. Car vous pouvez aussi faire le pari d'une visite de musée traditionnelle, sans support ni activité ludique ! Nous avons testé in extremis l'exposition sur les Hittites ("Royaumes oubliés. De l'empire hittite aux Araméens") du musée du Louvre (malheureusement terminée depuis le 12 août), et nos filles ont vraiment apprécié, tant les objets étaient beaux : elles n'ont certes rien "appris", mais elles en ont pris plein les yeux, et c'est bien l'essentiel !


Centre Pompidou : "Préhistoire. Une énigme moderne", jusqu'au 16 septembre 2019 ; "La fin du paléolithique" (Galerie des enfants), jusqu'au 2 septembre 2019, gratuit pour les enfants accompagnés d'un adulte muni d'un billet d'entrée dans le musée.

Musée de l'Orangerie - le repaire de Lily, du 3 juillet au 26 août 2019 : gratuit (avec un billet du musée : 9 euros pour les adultes, gratuit pour les moins de 18 ans), sans réservation, aux horaires du musée (tous les jours sauf mardi, 9h-18h), niveau -2 ; activités en français et en anglais.
Attention : fermeture des salles de la collection Walter-Guillaume du 4 septembre 2019 au 31 mars 2020 (tarif réduit en conséquence).

Les petits M'O du Musée d'Orsay : 9 promenades imaginaires à écouter en observant le tableau (sur son ordinateur ou dans le musée).

vendredi 17 août 2018

Quelque-chose à redire au royaume du kids friendly (mais si peu)

(Copenhague et ses environs)


Vous l'aurez compris, mon mari et moi aimons les musées et ce que l'on peut appeler plus globalement les visites culturelles, et estimons que nos filles (aujourd'hui 3 et 6 ans)  peuvent également les apprécier. Si ces visites ponctuent notre année, elles sont évidemment au programme quand nous partons en vacances, en France comme à l'étranger. L'été, nous tentons de trouver un compromis entre les plaisirs culturels et les joies de la plage - un pari gagné haut la main cette année grâce à Copenhague, où nous avons trouvé un équilibre si parfait que nous craignons d'avoir toutes les peines du monde à l'égaler l'année prochaine ! Et ce qui n'a pas peu contribué à cette réussite (1), c'est le souci quasi constant, dans les institutions culturelles, de bien accueillir les enfants. Au zoo de Copenhague (exceptionnel à mes yeux, mais je n'ai pas beaucoup de points de comparaison), où le parcours était régulièrement ponctué d'aires de jeux et de points de restauration (parfois combinés, comme dans la partie "Savane", où l'aire de jeux est gigantesque, idéale pour dégourdir les jambes des petits pendant que Papa ou Maman fait la queue pour commander le repas), cela était frappant  : les Danois ont un certain talent pour penser à hauteur d'enfant. Et pour penser aux enfants, tout simplement, dans des lieux où l'on y pense si peu en France et ailleurs (en Europe en tout cas) : des nombreux musées et châteaux que nous avons visités, seuls deux (la Glyptothèque de Copenhague et le château de Rosenborg - mais les bijoux de la couronne suffisaient à faire briller les yeux de nos deux choupettes) n'avaient pas leur coin enfant. Et quand je dis "coin", c'est un euphémisme qui qualifie bien mal la plupart des espaces dédiés aux plus jeunes dans les musées et châteaux danois : le plus modeste était celui du château de Kronborg à Helsingborg - alias Elseneur - qui proposait à mi-parcours deux grandes tables, l'une dévolue aux coloriages (sur la thématique des princes et rois danois), l'autre aux constructions en Lego - sans oublier les échasses et chevaux de bois mis à disposition de tous (les adultes ne se privaient pas) dans la cour. Pour un château danois, c'était vraiment le minimum syndical.

Au Louisiana, musée d'art moderne situé à quelques kilomètres de Copenhague, c'est un véritable royaume qui est consacré aux enfants : un espace à part organisé sur pas moins de trois étages, avec au minimum 5 activités différentes proposées (coloriages pour les plus petits, peinture, argile, architecture et, pour les plus grands, conception de sa propre police), la plupart articulées soit avec le cadre du musée lui-même (son architecture moderne, les sculptures qui ornent son jardin), soit avec les expositions en cours (par exemple, un "tutoriel" permettait aux apprentis peintres de produire un paysage à la manière de l'artiste allemande Gabriele Münter, exposée cet été). Toute liberté est laissée aux enfants de circuler de table en table, d'étage en étage, dans un espace vaste, clair et lumineux, le tout avec vue sur le jardin du musée - ce royaume des enfants (notons que certains parents s'essayaient aussi aux activités créatives) est bien à l'image du musée lui-même, dont les salles se fondent dans le cadre verdoyant du parc, qui est lui-même un lieu d'exposition en même temps que de promenade, de pique-nique et de jeu (nous avons joué à chat sur les pelouses en contrebas, avec d'un côté vue sur les mobiles de Calder qui ornent la terrasse du café du musée, de l'autre vue sur la mer) ; les multiples espaces d'exposition communiquent régulièrement avec l'extérieur, que ce soit par des baies vitrées qui font entrer la lumière et la verdure dans la pièce, ou grâce à ce salon dédié à la contemplation de la mer et de livres d'art ; de même que le parc surgit au détour des couloirs, l'art se cache dans les recoins du parc, dont certains sont accessibles grâce à un toboggan géant. Les grands retrouvent leur âme d'enfant tandis que les petits trouvent leur place, dans le parc et dans le musée comme dans l'espace qui leur est dédié. Si vous ajoutez qu'en contrebas du parc se trouve une plage à laquelle on accède par une sortie spéciale (attention, on ne peut plus retourner dans l'enceinte du musée ensuite), vous comprendrez que la journée que nous avons passée au Louisiana (dont plus d'une heure dans l'espace enfant) fut un pur bonheur pour nous quatre, et un bon condensé des plaisirs combinés de ce séjour estival.

S'il est peut-être devenu habituel que le ludisme et l'enfance trouvent leur place dans un musée d'art moderne (je pense notamment à la Galerie des enfants du Centre Pompidou, à Paris), il est par contre plus surprenant de rencontrer des espaces dédiés aux plus jeunes dans des musées d'art ou d'histoire. Pas à Copenhague, où la galerie nationale (ou musée national d'art, SMK), qui propose une riche collection d'art européen, des chefs d'œuvre des maîtres italiens au plus contemporain, en passant par la peinture française des débuts du 20e siècle, dispose également de son espace enfant (payant, environ 4,50 euros par enfant), véritable caverne d'Ali Baba du créatif, où une profusion de crayons, pots de peinture, ciseaux, pistolets à colle et tabliers entourent de grandes tables et quelques chevalets. Cette semaine-là, le thème proposé était le noir et blanc, et ces deux seules (non-)couleurs se retrouvaient dans les diverses activités, que ce soit la peinture (nous avons testé bien des nuances de gris avec la plus petite), la pâte à modeler, ou la construction (avec des planchettes de bois, la petite a créé un fauteuil, la grande une maison avec jardin). Le thème change chaque semaine, ce qui révèle un souci pédagogique similaire à celui du Louisiana, bien que réalisé différemment, la même liberté de mouvement et de création étant par ailleurs observée (dans les deux musées, les animateurs se contentaient essentiellement d'accueillir les visiteurs et de remplir les pots de peinture, ce qui était au départ légèrement déconcertant). Inutile de dire que, là comme au Louisiana, nos filles sont sorties enthousiastes de leur passage à l'espace enfant, qu'elles attendaient avec impatience, comme une récompense après la visite du musée. Mise à part la légère gêne ressentie à l'idée que le musée lui-même soit vécu comme une obligation imposée par les parents et subie par les enfants (qui ne cessaient de réclamer "leur" moment), je dois dire que nous étions tout aussi ravis de ce temps de création partagé, instant de calme (dont nous avons même profité au SMK pour visiter en alternance certaines sections) et de pause au milieu des visites. J'ai bien craint un moment de ne pouvoir caser dans la valise toutes les créations de nos deux artistes en herbe, mais sinon j'applaudis des deux mains et rêve de trouver le même genre d'espace dans tous les musées d'art (2).

Et dans tous les châteaux ou musées d'histoire ! Là encore, le Danemark a de sacrées leçons à donner à la France : le Musée national du Danemark, notamment, fait largement concurrence au Louisiana, dans un genre totalement différent. Là, le royaume des enfants est une immense aire de jeux aux multiples recoins, qui permettent de remonter dans le temps (en s'asseyant sur les bancs d'une école des années 1930, en lavant le linge dans un baquet, en préparant un repas dans une cuisine médiévale ou en pêchant sur un bateau viking) mais aussi de voyager (jouer à la dînette dans des habits indiens, tenir une épicerie et jouer à la marchande au Penjab) ; grâce aux déguisements (indiens ou vikings), aux épées, casques et boucliers, l'enfant plonge dans des aventures qui mêlent l'Histoire à sa propre imagination ; il met la main à la pâte, que ce soit pour porter de l'eau en courbant l'échine ou pour hisser des briques sur un ancien chantier de construction ; il explore, en se hissant sur l'échelle du navire moderne, ou en montant sur le toit d'une demeure des mille et une nuits. Que vient faire l'Inde, me direz-vous, au Musée national du Danemark ? C'est qu'en plus de ses richissimes collections retraçant l'Histoire du pays de la préhistoire jusqu'à nos jours, ce musée contient également une sections ethnographique (et une autre consacrée aux colonies), si bien que l'on peut faire le tour des 5 continents en le visitant. Je dois avouer que nous n'avons pas pu imposer à nos filles (et à nous-mêmes) une visite exhaustive de cet énorme musée, et que nous avons fait l'impasse sur une bonne partie des sections extra-européennes. La dînette et la marchande du Penjab nous ont donc semblé un peu déconnectées du musée tel que nous l'avons visité. Plus globalement, ce "Musée des enfants" ressemble davantage à une aire de jeux géante qu'à un musée, et le fait qu'il se trouve dans un espace complètement isolé de celui des collections tend à lui ôter ses vertus pédagogiques (ce qui n'était pas le cas pour les armures présentées dans le musée pour être soupeser). Cela, évidemment, n'empêcha pas nos filles d'être enthousiastes, et de n'avoir aucune envie de quitter le musée (alors même que l'heure du repas était proche). Ce qui est une grande victoire, même pour nos filles ! Mais
une certaine gêne a commencé à s'immiscer en moi, et mon esprit (trop) critique s'est tout doucement réveillé de la torpeur dans laquelle l'avait plongé le plaisir que j'avais à voir une grande place enfin réservée aux enfants dans de grands musées.

J'ai fini par mettre le doigt sur ce qui me gênait : cet isolement quasi systématique de l'espace des enfants dans les divers musées que nous avons visités. A chaque fois, il faut franchir une porte pour y entrer - quand il ne faut pas carrément changer d'étage, voire de bâtiment, comme au SMK, où une signalétique est nécessaire pour vous guider jusqu'au royaume des enfants. Finalement, la place des enfants dans le musée est bien à l'écart, certes pas hors du musée comme semblent le penser bien des personnels de musée en France, mais hors des salles d'exposition. Cela fait naître implicitement l'idée que les espaces consacrés aux collections (artistiques comme historiques) ne conviennent pas aux enfants, et qu'il faut donc créer un lieu qui leur soit dédié, c'est-à-dire adapté à eux - au lieu d'envisager de rendre le musée plus accueillant pour les plus jeunes. Je trouve ça dommage, car cela présuppose au fond que les enfants ne sont pas capables d'apprécier la beauté des œuvres d'art, ou de comprendre l'utilité ou le mystère des objets venus du passé. Même si l'on ne peut pas tout leur expliquer (nous en serions bien incapables, d'ailleurs, n'étant spécialistes ni d'art ni d'Histoire), on peut attirer leur attention sur certains objets, en distillant quelques informations qui les éclairent, ou tout simplement les laisser découvrir les œuvres et choisir celles qui les touchent. L'espace enfant devrait toujours être pensé et perçu (par les enfants, surtout) comme un prolongement de la visite, un complément ludique ou créatif, et non comme une récompense pour avoir subi la visite des adultes. Cela fonctionnait plutôt bien au Louisiana et, en partie du moins, au Musée national ; mais ailleurs, la séparation, trop nette, révélait le mépris implicite pour l'intellect des petits.

Cela s'est avéré évident lorsque nous avons visité le magnifique château de Frederiksborg, qui accueille également le Musée d'Histoire nationale : comme à chaque fois, nous avons commencé par la visite du château, qui a enthousiasmé nos filles (la petite fut frustrée de ne pas pouvoir descendre dans la splendide chapelle que l'on découvre d'un balcon, la grande fascinée par les armures et, surtout, par la robe de mariée de la princesse Mary exposée dans la salle consacrée aux princes héritiers à travers les siècles) ; après le pique-nique et la promenade dans le beau parc du château, nous avons terminé par l'espace enfant, situé dans les caves (à côté des toilettes…). Là, dans une salle voûtée, sont exposés de magnifiques déguisements de princes et princesses, d'un luxe tel que l'on n'est pas autorisé à les toucher : il faut demander l'aide de l'un des animateurs du lieu. Qu'à cela ne tienne ! Après avoir examiné toutes les tenues et établi un palmarès, nous nous tournons vers le personnel présent. Las ! Nous apprenons qu'une visite guidée pour les enfants est en cours dans l'espace (une visite en danois, bien sûr), et que l'on ne peut pas essayer les déguisements avant un bon quart d'heure, afin de ne pas déranger la visite… Pendant que mes filles patientaient tant bien que mal en coloriant ou en écrivant avec de l'encre et une plume sur la grande table du fond, j'ai donc eu le temps d'examiner cet espace enfant et de comprendre qu'il s'agissait d'un véritable lieu d'exposition parallèle, et que les déguisements étaient en fait une partie des objets exposés - raison pour laquelle ils étaient présentés sur des mannequins, et non à disposition dans des paniers comme dans les autres musées. Chaque tenue ou groupe de tenues forme un ensemble cohérent avec quelques objets (faux écritoire, etc.) et, surtout, avec des tableaux tous plus hideux les uns que les autres, imitations caricaturales d'œuvres picturales existantes ou de scènes du passé. Voilà ce qui était l'objet de la visite guidée destinée aux enfants : non pas le magnifique château, non pas les véritables objets anciens qui y sont exposés, mais des croutes et du toc relégués au sous-sol. Par snobisme ou par méconnaissance des enfants, la direction du château a fait de cet espace la vitrine de son mépris pour les plus jeunes visiteurs ; au lieu de ludisme, c'est l'ennui et la frustration qui les y attend : quand enfin nous avons pu essayer les déguisements, un "habilleur" les a donc passés à nos filles ; mais comme il s'agissait de "vraies" robes de princesses, avec des lacets, collerettes, et autres raffinements destinés à entraver le mouvement des femmes, la petite n'a pas supporté sa tenue plus de quelques minutes ; quand j'ai voulu desserrer les lacets qui la gênaient, une guide a bondi pour me signifier (sans trop d'amabilité) que je n'avais pas le droit de toucher les déguisements, même pour les ajuster, et encore moins pour les ôter… Sans doute mes filles n'avaient-elles pas fait le choix le plus judicieux (certaines robes, moins belles, semblaient plus confortables) ; mais je ne pense pas qu'elles auraient gardé très longtemps une autre tenue, pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait rien à faire dedans : aucun décor propice à l'invention d'histoires de princesses (et mon aînée n'a pas besoin de grand-chose pour cela), aucun accessoire, aucun espace véritable pour jouer, puisque toute la place est occupée par la pseudo-exposition. Bref, autant le Louisiana et le Musée national accueillaient royalement les enfants, autant à Frederiksborg ils ne semblaient pas les bienvenus, malgré la présence d'un espace dédié.

Nous avons connu une autre déception à Roskilde, où le musée des bateaux vikings propose deux types d'activités aux enfants : activités ludiques avec un faux bateau viking et quelques déguisements (trop peu nombreux, il ne restait plus que les tailles adultes quand nous sommes arrivés), et activités créatives, qui se sont révélées aussi limitées que les premières, puisque la seule qui ne soit pas payante met essentiellement les parents à contribution (à moins que vous ne soyez prêts à laisser votre enfant scier et clouer) et a peu à voir avec le musée, puisque les bateaux que l'on peut construire avec les chutes de bois à disposition ont fort peu à voir avec ceux des vikings. Si à Frederiksborg il nous a semblé que l'espace enfant, sans doute perçu comme une obligation pour tout musée danois, avait été mal pensé, à hauteur d'adulte, à Roskilde les attractions pour enfants étaient au contraire un argument de vente propre à faire venir les touristes dans un musée qui ne présente, au fond, que quelques bateaux vikings reconstitués ; mais dans les deux cas aucun effort de pédagogie n'a présidé à l'organisation des activités offertes aux plus jeunes - des activités qui exigent de l'espace et de la réflexion.

La morale de ce séjour danois serait donc que l'étiquette kids friendly peut annoncer le meilleur comme le pire, et surtout qu'elle ne suppose pas nécessairement, loin de là, qu'une place est faite aux enfants dans des lieux traditionnellement perçus comme "sérieux" : les salles de musée. Si les enfants doivent attendre la fin de la visite pour s'amuser, cela sous-entend-il que les musées sont nécessairement ennuyeux pour eux ? Une seule initiative à destination des enfants semblait répondre vraiment par la négative : tout au long des salles du Musée national du Danemark sont disséminés des "boredom buttons" (boutons anti-ennui - c'est donc bien que les musées sont ennuyeux, on y revient toujours) destinés aux enfants ; quand vous appuyez dessus, les œuvres s'animent, des projections vidéos ou des effets sonores envahissent la salle d'exposition, suspendant le temps de la visite ; malheureusement, nous n'avons réussi à en trouver que deux et sommes restés légèrement frustrés. C'est ce qui arrive parfois aux touristes trop exigeants au pays d'Hamlet et du kids friendly !


Armure à soupeser au Musée national danois.
(1) Bien sûr, la plage à 5-10 minutes à pied de la maison, surtout en pleine canicule, n'est pas un ingrédient à négliger - mais c'est un blog sur les musées ! Un conseil hors-sujet cependant : avec des enfants, il nous a semblé idéal de loger près de la grande plage d'Amager Strand (près de la station de métro du même nom, ou de ses deux voisines) ; 10 minutes de métro suffisent pour rejoindre le centre de Copenhague et la station de RER (S-Tog) qui permet de rayonner dans les environs (et l'aéroport est à 6 minutes de métro). La culture à portée de transports et la plage à portée de pieds, que demander de mieux ?

(2) Un peu comme dans le musée imaginaire de Loup, le héros à la mode, dans Le loup qui enquêtait au musée, où l'on traverse un espace intitulé "Réveillez l'artiste qui est en vous".


Par ordre d'apparition
Glyptothèque Ny Karlsberg : ouvert tous les jours sauf le lundi, 11h-18h (11h-22h le jeudi) ; entrée 115 kr. (couronnes danoises - DKK), environ 15 euros ; gratuit pour les moins de 18 ans et les mardis.
Rosenborg : ouvert tous les jours en période de vacances (fermé le lundi hors vacances), horaires variant selon les périodes ; entrée 110 kr. (environ 15 euros), gratuit pour les moins de 18 ans.
Kronborg (Elseneur) : ouvert tous les jours (fermé le lundi entre novembre et mars), horaires variables selon la saison ; entrée 140 kr. (environ 18 euros), gratuit pour les moins de 18 ans. La ville d'Helsingborg est desservie en S-Tog (vérifier cependant qu'il n'y a pas des travaux l'été, comme c'était le cas pour nous ; dans ce cas, des bus de remplacement sont mis en place, mais le trajet est un peu plus long).
Musée d'art moderne Louisiana : ouvert tous les jours sauf le lundi, 11h-18h le week-end, 11h-22h en semaine ; entrée 125 kr. (environ 17 euros) ; gratuit pour les moins de 18 ans ; l'aile des enfants, gratuite pour les visiteurs, est ouverte de 11h à 17h30, pour les enfants de 4 à 16 ans (mais nous n'avons eu aucun problème pour entrer avec notre plus jeune et la faire participer). Trajet en S-Tog depuis le centre de Copenhague.
Statens Museum for Kunst (SMK) : ouvert tous les jours sauf le lundi, 11h-17h (20h le mercredi) ; entrée 110 kr. (environ 15 euros), réduction pour les moins de 30 ans, gratuit pour les moins de 18 ans ; tarif 1 adulte + 1 enfant à 90 kr. (environ 12 euros) ; chaque enfant doit payer 30 kr. (environ 4 euros) pour entrer dans l'espace enfant.
Musée national du Danemark : ouvert tous les jours (sauf le lundi de septembre à juin), 10h-17h : le musée des enfants est ouvert de 10h à 16h30 ; entrée 95 kr. (environ 13 euros), ticket famille 80 kr. (environ 11 euros), gratuit pour les moins de 18 ans.
Frederiksborg (et Musée d'Histoire nationale) : ouvert tous les jours 10h-17h (mars-octobre), 11h-15h (novembre-mars) ; le musée des enfants est ouvert de 10h à 16h30, tous les week-end et pendant les vacances scolaires ; entrée 75 kr. (environ 10 euros), 20 kr. entre 6 et 15 ans (environ 3 euros), gratuit pour les moins de 6 ans ; ticket famille (2 adultes + 3 enfants maximum) 150 kr (environ 20 euros). Trajet en S-Tog depuis le centre de Copenhague.
Musée des bateaux vikings à Roskilde : ouvert tous les jours de 10h à 16h (17h pendant les périodes de vacances et de tourisme) ; entrée entre 90 et 130 kr. (12-18 euros) selon les périodes, gratuit pour les moins de 18 ans ; sortie sur le fjord en bateau et autres activités payantes (notamment pour enfants). Trajet en train depuis le centre de Copenhague.

Mais aussi : un site très utile pour planifier ses trajets dans les transports en commun au Danemark ; le site de la Copenhaguen card, très rentable si l'on veut visiter plusieurs musées ou attractions (le zoo ou le parc d'attractions de Tivoli), à Copenhague et dans les environs (le site propose de calculer les économies que la carte vous permet de réaliser).

lundi 1 mai 2017

Musée hanté

(Musée du quai Branly - Visite contée "Devins et sorciers")


Pour notre seconde visite en famille au musée du Quai Branly, où nous devions retrouver une amie et ses deux fils de 5 et 7 ans, nous avons opté pour une visite guidée avec une conteuse, sur le thème des devins, shamans et sorciers (visite estampillée "à partir de 6 ans", mais qui m'a semblé adaptée à ma fille et à son copain de 5 ans - la cadette faisait un tour en poussette avec son père pendant ce temps). Ce fut un beau moment, pour les enfants comme pour les parents - personnellement je me suis sentie happée par la voix de la conteuse et, comme l'a dit l'aîné de mon amie alors que nous sortions du musée, dix minutes - un quart d'heure après la fin de la visite, "on est encore dans les histoires". Car notre guide avait un certain talent pour conter, mais aussi pour créer une atmosphère.

Elle a commencé dès le point de rendez-vous au sous-sol, avant même que nous commencions à nous diriger vers le musée. Après une rapide présentation du Quai Branly sous forme de questions-réponses, elle nous a "préparés" au conte avec une petite gymnastique (se dégourdir les oreilles etc.), suivie d'une chanson accompagnée d'une gestuelle, petit rituel que nous avons répété à chaque transition de la visite. Puis c'est sur le mode du jeu et du mystère tout à la fois que nous sommes entrés dans le musée : la rivière de mots qui flotte sur le sol de la rampe qui mène aux collections permanentes est devenue pour nous la mer qui sépare le monde visible du monde invisible, et les enfants (et les parents mais... chut !) se sont bien pris au jeu de ne marcher que sur la rivière, suivant ses méandres en évitant de poser le pied dans le monde invisible. Dernière étape de la création de l'atmosphère, la présentation, comme en passant, d'un long morceau de bois exposé au sol et visible à travers une vitrine comme un long serpent endormi, qui pourrait bien se réveiller - et qui, comme les autres objets du musée, raconte des histoires.

La conteuse a en effet présenté d'emblée les objets du musée comme les sources de ses histoires : c'est eux qui lui les racontent, quand elle vient les écouter, la nuit, dans le musée. Pourtant, et c'est un des bémols que je mettrais à cette visite contée, seuls deux objets serviront de point de départ aux histoires de cette visite contée, qui relève bien plus du conte que de la visite : la première histoire, racontée "pour les parents" (un mythe de la création associé à une histoire d'enfantement divin, qui reprenait le thème de la traversée de la rivière évoqué par notre montée sur la rivière de mots), le fut à l'entrée des collections, sans autre support que la parole, certes très évocatrice, de la conteuse ; le musée fut ensuite parcouru à toute vitesse pour aller d'un point de conte à un autre, ce qui peut s'avérer frustrant pour les enfants qui ne l'ont jamais visité (prévoir un petit tour libre dans le musée, avant ou après les contes). Car les deux contes destinés aux enfants furent l'occasion de longues stations assises dans un recoin du musée (dans les deux cas, un espace relativement restreint, un peu à l'écart des grandes allées - peut-être à dessein). Deux stations qui nous ont fait voyagé par l'imagination, grâce à deux histoires magnifiquement contées (deux histoires de démons, et non de sorciers, d'ailleurs), mais qui ne nous ont rien appris des objets qui leur servaient de support (je ne suis même pas sûre qu'il y avait un lien entre le premier objet - un costume de démon utilisé dans les cortèges de diables et d'anges dans la Cordillère des Andes - et le premier conte qui, lui, venait du Cap Vert et du Brésil). Car le parti pris de notre guide était celui de l'imagination, et non de la pédagogie. Ce qui n'était pas désagréable, et a semblé plaire aux enfants. Mais qui, en tant qu'adulte, m'a laissée un peu sur ma faim : j'aurais aimé savoir d'où venait chaque histoire, précisément, et ce qu'était chaque objet - sans avoir à lire le panneau explicatif.

Finalement, je me suis demandé si les objets étaient vraiment nécessaires (puisqu'ils étaient fort peu exploités, presque comme les illustrations d'un album), et ce qui distinguait cette visite contée d'une séance de contes dans un tout autre espace (théâtre, médiathèque). C'est un peu dommage de ne pas exploiter davantage cette mine inépuisable qu'est le musée du quai Branly (même si ce n'est pas mon musée préféré, j'y reviendrai). Mais peut-être était-ce un choix personnel de la conteuse ? Je me souviens que lors d'une précédente visite, nous avions croisé (et un peu suivi) une visite contée au fonctionnement bien différent : la conteuse, tout aussi passionnante, changeait fréquemment de vitrine et d'objet au fil de son histoire (tout en restant dans une zone bien délimitée). Ce souvenir d'une visite que nous aurions aimé suivre du début à la fin (et pas en clandestins) est peut-être aussi responsable de ma légère déception. Car je dois reconnaître que notre conteuse était captivante (quoique parfois légèrement confuse ou imprécise) et que les enfants ont apprécié. Avoir traversé le musée avec elle leur a donné envie de l'explorer ensuite (ce qui n'est malheureusement pas si facile, mais ce sera l'objet d'un autre billet). Quand nous y avons fait un petit tour en visite libre, ils semblaient encore baigner dans l'atmosphère de mystère qu'elle avait créée (surtout le plus grand). Ses histoires de démons les ont impressionnés aussi, je crois, mais n'ont pas paru les effrayer durablement - elle a très bien exploité le plaisir que les enfants ont à se faire peur.

À noter enfin que l'accueil des enfants au musée du quai Branly est plus que satisfaisant : aucun regard négatif, mais des sourires, au contraire, même pour notre cadette mise en liberté ; les livrets de visite destinés aux enfants sont en libre accès dans des présentoirs juste à l'entrée (peut-être pas extrêmement visibles au premier regard), et des versions dans diverses langues sont proposées au guichet de l'accueil. De nombreuses activités sont proposées : visites guidées et contées des expositions permanentes et temporaires, ateliers pour divers tranches d'âge - se reporter à l'agenda sur le site du musée, pas très pratique pour qui cherche des détails sur l'offre destinée aux familles. Un manque d'information regrettable : après la visite contée, nous avons rempli un petit questionnaire de satisfaction qui nous interrogeait également sur ce que nous savions de l'offre destinée aux familles et aux enfants. Je n'avais aucune idée de certains programmes de fidélisation, qui ne sont pas clairement présentés sur le site. Et comme le questionnaire ne laissait pas la possibilité de donner son mail pour recevoir les informations éventuellement désirées, je reste toujours dans l'ignorance (1)... Tant de bonne volonté vis-à-vis des enfants et si peu de communication avec les parents (pour qui les visites sont, de plus, un peu chères, je trouve), c'est un peu du gâchis !


(1) Après avoir fouillé sur le site, voici ce que je découvre : vous pouvez demander à l'accueil un "Passeport d'aventurier" pour votre enfant, à faire tamponner à chaque visite ; au bout de 3 tampons, vous gagnez un cadeau d'aventurier (?) pour votre bambin, et le droit de bénéficier d'un tarif réduit sur le Pass Duo+ (accès illimité au musée pendant 1 an, pour le titulaire et l'invité de son choix, réductions sur les activités ; tarif plein 60 euros - tarif réduit non précisé). Pourquoi ne pas avoir inventé un pass "famille", accessible à un tarif plus intéressant dès la première visite ? J'ajoute qu'après deux visites avec nos filles, nous ne nous sommes jamais vus proposer ce "Passeport". Encore une fois, le défaut d'information annule la bonne volonté.


Musée du quai Branly - Jacques Chirac : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 11h à 19h (mardi, mercredi, dimanche) ou 21h (jeudi, vendredi, samedi) ; ouvert les lundis pendant les vacances scolaires (toutes zones confondues ; vacances d'été exclues). Tarifs : 10 euros pour les collections permanentes ou l'exposition temporaire de la Galerie jardin (billet jumelé : 12 euros) ; tarif réduit 7 euros (9 pour le billet jumelé) ; gratuit pour les moins de 25 ans (moins de 18 pour les expositions temporaires).
Visites guidées ou contées, ateliers enfants ou familles : 8 euros (auxquels il faut ajouter, pour les visites, le prix d'entrée dans le musée, donc 18 euros) ; tarif réduit (moins de 26 ans, familles nombreuses, pass' éducation) 6 euros.

vendredi 23 septembre 2016

Leçon de guitare (pas si) sommaire



(Musée de la Musique - Atelier "Qui veut jouer avec moi?")


La musique, comme les livres et (vous l'aurez deviné) les musées, tient une place importante dans la vie de mes filles : leur père, qui joue de l'orgue à ses heures perdues, leur en fait écouter de toute sorte, et la grande, inscrite cette année à un cours de danse (une des rares activités possibles à son âge) aime à se déhancher sur Mozart aussi bien que sur la Compagnie créole, entraînant sa petite sœur qui remue déjà énergiquement son popotin. Il n'est donc pas étonnant que, parmi nos musées d'affection, ceux auxquels nous revenons régulièrement, se trouve le Musée de la Musique. Nous avons déjà parcouru à plusieurs reprises son exposition permanente, sans oublier une exposition temporaire et des ateliers pour les enfants - je vous ai déjà raconté la visite que nous avions faite autour du thème des dragons. Nous y sommes retournées au mois de juin, ma grande et moi, pour un nouvel atelier qui est venu couronner une belle après-midi entre filles.

Arrivées tôt, nous avons d'abord fait un petit tour dans l'exposition permanente - sans audioguide, mais avec le livret pour enfants. Lors d'une précédente visite, nous avions testé l'audioguide pour enfants (officiellement à partir de 6 ans, même si les plus petits peuvent en apprécier les extraits musicaux et les explications), très intéressant mais contraignant et peu pratique : le casque, trop grand, glissait des oreilles de notre grande-pas-assez-grande ; de plus, comme il était relié à mon appareil, nous étions liées l'une à l'autre, et ma fille n'était pas libre de ses mouvements - sauf à se retrouver déconnectée. Ces détails pratiques sont regrettables, car ils empêchent de profiter pleinement de l'audioguide, qui offre pourtant un complément auditif agréable, et parfois indispensable, à la partie visuelle de la visite. Ainsi, dans la dernière section du musée, consacrée aux instruments du monde, plusieurs extraits vidéos sont projetés sur des écrans, et l'on ne peut en écouter la bande son que par le biais de l'audioguide : sans le casque, les écrans restent muets, ce qui s'avère plutôt frustrant quand les images montrent des musiciens en action. C'est par cette section que nous avons commencé notre rapide (re)tour dans le musée ce mercredi-là : étant la dernière, elle est aussi celle que nous traversons le plus rapidement, ce qui est bien dommage, car elle est très riche ; elle permet notamment aux enfants de jouer de la sanza, lamellophone africain qui fait partie des cinq points "Touchez la musique" du musée (cinq instruments à manipuler, sans forcément en jouer : une viole de gambe dont on caresse les différents éléments, les morceaux d'un orgue dont on manipule les soufflets et les jeux, une trompette, dont les tuyaux s'allument en fonction des pistons actionnés, un theremin - un peu difficile à maîtriser -, et la sanza, sans doute le plus facile et le plus ludique des cinq).

A défaut de casque, nous avions en main ce jour-là le livret-jeu disponible à l'accueil - il faut le demander, surtout si votre enfant est un peu jeune, car il est plutôt destiné aux visiteurs qui ont sept ans et plus, notamment parce qu'ils sont censés pouvoir lire les cartels. Et de fait, le livret est long, parfois difficile, mais propose des activités variées, parmi lesquelles on peut faire un choix, en fonction des envies, des goûts et du rythme de visite de l'enfant. J'ai choisi une double page concernant les instruments d'Afrique, à relier à leurs régions d'origine ; bien entendu, c'est moi qui ai lu les cartels et les indications sur la carte, mais retrouver les huit instruments dans les deux grandes vitrines de la section africaine a bien occupé ma fille, et lui a permis de mieux observer luths, tambours, trompes et cloches. Puis nous avons parcouru le musée "à l'envers", au gré des envies de l'une et de l'autre. Si l'étage du xxe siècle, un peu technique, un peu abstrait, ne l'a pas arrêtée longtemps, ma fille a voulu revoir l'octobasse, immense contrebasse de presque 4 mètres, qui ne cesse de l'impressionner. Je l'ai emmenée reconnaître, avec le livret comme support, les instruments de l'orchestre du xviiie présentés dans une vitrine, nous avons joué, sur le livret, à retrouver les embouchures et anches des instruments à vent. Au passage, nous avons admiré les harpes, les clavecins, véritables œuvres d'art...

Puis ce fut l'heure de l'atelier. Contrairement à ce qui s'était passé lors de la visite sur les dragons, c'est par la pratique musicale en groupe que notre guide a choisi de commencer. Le thème était censé être celui des familles d'instruments. Pas de leçon formelle, cependant, rien de "scolaire", et je ne crois pas que l'animatrice (qui n'avait rien d'une conférencière, donc, mais savait gérer un groupe d'enfants plus ou moins concentrés) ait jamais prononcé l'expression de "famille d'instruments". Pourtant, les enfants ont appris des tas de choses, en manipulant. Ce qui nous a le plus plu, en effet, dans cette visite-atelier, c'est le nombre d'instruments manipulés en si peu de temps : après le gong, que chaque enfant a fait sonner, nous avons tous eu en mains (les parents aussi, oui) un instrument à percussion, qui un tambourin, qui un djembé. Puis ce fut le tour des maracas, clochettes et autres instruments à agiter. Les cordes, ensuite, ont été déclinées sous plusieurs formes : des guitares, mais aussi une harpe et un violon, qui sont passés de main en main. Tout cela très rapidement, mais sans à peu près : nous avons appris à positionner nos mains sur nos percussions pour produire sons graves et sons aigus, les guitares et violons ont été mis en place correctement entre les mains de chaque enfant, et chaque famille d'instruments nous a donné l'occasion de jouer tous ensemble. La séance, menée de main de maître (mais tout en douceur), s'est terminée sur quelques explications sur l'accordéon, en prévision du concert-démonstration offert ce jour-là dans les salles du musée par une bandonéoniste - instrumentiste très intéressante et agréable à écouter.

Après la pause-concert, nous avons commencé notre visite guidée du musée, avec plusieurs stations intéressantes, nourries d'anecdotes. Notre conférencière avait choisi notamment de s'arrêter devant les pochettes des maîtres à danser du xviie et, après avoir commenté pour les enfants la maquette du château de Versailles et leur avoir parlé des fêtes du roi Soleil éclairées de mille chandelles, après avoir raconté les mésaventures fatales de Lully avec son bâton de maître de danse, elle a allumé son appareil portatif pour faire écouter aux enfants la musique de l'époque, mais surtout pour les faire danser ! Un moment charmant qui les a tous réjouis ! Cette visite, intéressante pour les petits comme pour les grands, jamais bébête, ni trop longue ni trop rapide, car elle reposait sur une petite sélection d'instruments, s'est achevée par un instant d'admiration et d'étonnement devant la toute dernière acquisition du musée, en vitrine alors depuis à peine une semaine : une guitare tortue, sorte d'instrument-bijou qui a fasciné petits et grands.

Visite-atelier « Qui veut jouer avec moi ? » - Tarif : 8 euros (enfant), 10 euros (adulte). Durée : 1h30. Enfants de 4-7 ans.

Agenda Enfants et familles de la Cité de la musique : http://philharmoniedeparis.fr/fr/agenda?public[0]=233&public[1]=234&public[2]=235

Musée de la musique – Tarif : 7 euros ; gratuit pour les moins de 26 ans.
Poussette non acceptée. Le musée prête poussette et/ou porte-bébé.
Pas de « point goûter » à l’intérieur du musée, mais une sortie temporaire est possible ; on peut alors s’installer dans le café de la Philharmonie, ou sur les grandes banquettes du hall.

lundi 23 mai 2016

Narcisse urbain

("Vous êtes ici" - Centre Pompidou, Galerie des enfants)


La Galerie des enfants du Centre Pompidou est un vaste espace, sorte de nacelle surplombant l'entrée principale et qui se transforme au gré des "expositions-ateliers" qui s'y succèdent (au rythme de deux par an), et surtout de l'imaginaire des artistes qui y sont invités. L'été dernier, avec "Soulever le monde" (avril-septembre 2015), elle était devenue un immense navire, fantastique, où l'on pouvait tourner des dizaines de gouvernails, qui animaient autant de voiles et autres mobiles ; je me souviens que notre grande y avait passé un moment merveilleux, et avait été fière de pouvoir accrocher ses propres créations sur ces mobiles toujours renouvelés. Car la Galerie des enfants se veut toujours à la fois un lieu de création et de découverte, l'artiste impliquant les enfants dans l'espace qu'il investit et qu'il imagine. La précédente animation, "Châteaux de sable : architectures de rêve" (que nous n'avons pu tester, découragés par la demi-heure d'attente à l'extérieur de la Galerie) invitait les petits à imaginer une construction pour la voir ensuite se modeler dans le sable. La Galerie était alors devenue à la fois plage et atelier de potier.

En ce moment, sous l'inspiration du photographe et street-artiste JR, elle est une ville, dédale de rues et de buildings que les enfants investissent et envahissent de leurs pas, de leurs rires... mais aussi de leurs minois. Car la particularité de JR est qu'il tire ses photographies, pour la plupart des portraits ou des gros plans sur des regards, en format XXL et les installe sur les murs des favelas de Rio ou des buildings de Manhattan, sur un pont parisien ou sur des trains africains. C'est cette pratique monumentale et en même temps si intimiste de la photographie, qui exprime un lien fort entre les hommes et les lieux qu'ils habitent, que JR a voulu transposer dans la Galerie des enfants pour la partager avec eux. Il les invite donc dans une ville imaginaire qui condense ses voyages et ses projets des dix dernières années. Sur les bâtiments en gris, noir et blanc de cette ville mirage, il a collé certaines de ses photographies, tandis que d'autres se présentent "façon puzzles", sous forme de grandes lames magnétiques, invitant les enfants à les décomposer et recomposer à l'infini.

Un plan, qui sert aussi de livret de jeu, est distribué à l'entrée, ainsi qu'une planche de gommettes : l'enfant doit repérer, en différents points de ce labyrinthe urbain imaginaire, des photographies de JR qui apparaissent incomplètes sur son plan, pour ensuite pouvoir les compléter avec la gommette ad hoc. Une autre manière de découvrir les photographies de l'artiste en se les appropriant - moins simple et directement accessible que les puzzles, cependant, car il n'est pas toujours facile d'identifier la photographie modèle dans le dédale des rues, malgré les indications du plan. J'avoue m'être sentie parfois un peu perdue, ce qui était sans doute accentué par la circulation des enfants autour de moi, et par le mouvement perpétuel de mon aînée, peu encline à se laisser guider ; trop petite peut-être pour ce jeu de quête, elle a préféré les puzzles géants, et le simple plaisir de la découverte en liberté de cet espace ludique : car petits et grands semblaient tous apprécier de parcourir les rues de Rio, Paris, Istanbul, Shanghai ou La Havane, Montfermeil ou New York - petit bémol, on ne percevait pas vraiment le passage d'une ville à l'autre, car le décor installé dans la Galerie des enfants est assez uniforme, fait de cubes empilés en tours plus ou moins hautes, sur lesquels sont collés des clichés d'immeubles, tous dans les mêmes teintes du noir et blanc qui étaient également celles des photographies affichées.

Mais ce qui plaisait le plus aux enfants, et ce quel que soit leur âge, c'est qu'ils étaient eux-mêmes invités à exposer dans cette ville imaginaire, en devenant auteurs de leur autoportrait. Les apprentis photographes devaient d'abord créer un fond, en apposant sur des grandes feuilles blanches des tampons ronds de dimensions diverses (dans l'esprit du fond imaginé par JR dans son projet "Inside Out") - l'effet était assez réussi. Puis ils s'installaient dans la cabine photo (aidés de leurs parents, qui aimantent le fond et manipulent le logiciel). Une fois la pose prise, la photographie s'affichait quelques instants plus tard sur la tour du premier point (Rio). Avec l'autorisation des parents, ces photographies (que vous recevez également dans votre boîte mail) continueront ensuite de défiler sur différentes tours de la Galerie des enfants, habitant cette ville imaginaire comme les clichés de JR ont habité les murs de maintes cités autour du monde. Cette activité, qui flatte l'ego narcissique de nos chers bambins, leur permet également de comprendre plus concrètement le geste de JR, du portrait à l'affichage, et complète les explications des animateurs qui vous accueillent à l'entrée, et surtout celles de la vidéo projetée juste à côté de la cabine photo.

Enfin, dans l'esprit de la Galerie des enfants, cet autoportrait photographique permet aux enfants de s'approprier l'espace créé par JR : cette cité devient la leur, ils y retrouvent leur visage en y entrant, et s'y sentent d'emblée chez eux. Ce sentiment est conforté par une autre activité photographique, plus ludique, proposée dans la partie new-yorkaise de la ville imaginaire : couchés sur le côté, dans une position plus ou moins décontractée ou acrobatique, les enfants sont pris en photo sur un fond de buildings (là encore les parents doivent activer le logiciel) ; quand leur cliché est projeté, quelques instants plus tard, à la verticale, ils semblent suspendus dans le vide, accrochés à une gratte-ciel. Cet autre "point-photo" déclenchait l'enthousiasme chez les enfants, surtout chez les plus grands, qui devaient s'imaginer en super-héros survolant New-York !


Du 16 avril au 19 septembre 2016.
Galerie des enfants, niveau 1 - Centre Pompidou.
Ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 11h à 19h en période d'exposition.
Tarif : 14€ (tarif réduit à 11€) ; gratuit pour les moins de 26 ans (et pour tous les premiers dimanche du mois).
Pour connaître les différentes activités "en famille" proposées par le Centre Pompidou, voir la page suivante (qui propose un lien vers l'agenda) : https://www.centrepompidou.fr/fr/Visite/Decouvrir-en-famille

mardi 19 avril 2016

Il n'y a pas que les enfants qui jouent aux Lego !

("Histoire en Briques", Espace Saint-Jacques, Saint Quentin)


Si jamais vous vous trouvez dans la région Picardie, la ville de Saint Quentin accueille une petite exposition Lego : quelques réalisations impressionnantes (un bureau Empire, le dôme des Invalides, une harpe) côtoient de plus petits assemblages de briques, dont un grand nombre font référence à l'architecture locale (théâtre et hôtel de ville de Saint Quentin) et même aux toiles présentes dans le musée Antoine Lécuyer voisin (des pastels de Quentin de la Tour), dans de drôles de reproductions en briques.

Au fond de la salle qui accueille l'exposition, des caisses de briques et des plaques permettent aux petits et grands de laisser libre cours à leur créativité (plutôt à partir de 4-5 ans, puisqu'il s'agit de Lego et non de Duplo). Des ateliers sont organisés certains samedis après-midis pour les enfants de 5 à 12 ans.

Du 19 mars au 19 juin.
Tarif : 2 euros ; tarif réduit 1 euro (enfants de 12 à 16 ans, étudiants, séniors etc.) ; gratuit pour les moins de 12 ans.

jeudi 24 mars 2016

Des dragons qui crachent du son

(Musée de la musique – Cité de la musique, Philharmonie de Paris)

La Cité de la musique (voisine et cousine de la Cité des Sciences) offre une grande variété d’activités pour les familles, de l’éveil musical pour les tout-petits (apparemment pris d’assaut) aux ateliers de pratique d’instruments du monde entier. Comme souvent, les « petits » (avant 7-8 ans) ont moins de choix que leurs aînés, mais l’agenda de la Cité est extrêmement riche, et ils peuvent notamment participer à plusieurs activités associant visite du Musée et pratique ludique de la musique.

Pendant les dernières vacances d’hiver, mon aînée et moi avons testé pour vous la visite-atelier intitulée « Des dragons au Musée », proposée aux enfants de 4 à 6 ans (des enfants plus âgés, souvent aînés d’une fratrie, y assistaient cependant). Elle s’articule autour de deux activités, séparées par un petit intermède. Ces trois moments permettent d’aborder la musique sous trois angles différents, et invitent les enfants à adopter, vis-à-vis des instruments, trois postures successives.

La conférencière nous a d’abord guidés à travers le Musée de la musique, en ménageant deux longues pauses devant un instrument : une imposante cloche vietnamienne (premier instrument que l’on découvre en entrant dans le musée), ornée de deux dragons, puis un cornet à bouquin dont le pavillon prend la forme d’une gueule de dragon. Ces deux stations sont l’occasion d’aborder quelques éléments du vocabulaire musical (grave et aigu, embouchure), mais aussi d’évoquer la pratique des instruments (différentes manières de faire sonner une cloche, technique à maîtriser pour produire du son avec un instrument à vent) et leurs fonctions (notamment l’usage rituel de la cloche vietnamienne). Nous avons également pu écouter le son produit par ces deux instruments grâce à des enregistrements. Mais ce qui était au fond le vrai sujet de cette visite n’était pas la musique, mais les dragons : dragons orientaux, bénéfiques et aquatiques, dragons occidentaux, cracheurs de feu et destructeurs de cités. Chacun des deux instruments fut en effet le point de départ d’une histoire de dragon : un conte chinois ayant pour héros le bienveillant Pulao, et la fameuse aventure de Saint Georges terrassant le dragon qui sévissait à Silène. Chaque histoire a duré un bon quart d’heure, prenant largement le pas sur la dimension musicale de la visite, et du musée lui-même. Agréablement racontées, ces histoires étaient cependant écoutées avec attention par la plupart des enfants, et constituaient un biais original pour les amener à observer les deux instruments.

La visite, ainsi conçue autour de ces deux instruments, se concentre uniquement dans la première salle-étage du musée, consacrée aux instruments du XVIIe siècle (à part une très petite première section – où se trouve la cloche vietnamienne, d’ailleurs – appelée « origines » et destinée à montrer que la musique est présente dans toutes les cultures). Après nos deux longues stations, nous avons simplement traversé, sans plus nous arrêter, cette salle puis la seconde qui, au second étage, présente des instruments du XVIIIe siècle, pour nous rendre dans le coin concert situé au cœur du musée. Et nous n’aurons pas vu les autres salles, consacrées aux XIXe et XXe siècles, ainsi qu’aux musiques du monde. Il faut dire que le musée est grand et foisonnant, et qu’une visite organisée pour des enfants doit forcément être sélective. Peut-être celle-ci l’était-elle à l’excès, à cause de son sujet, forcément restreint dans un tel musée. Mais pour des petits, ce n’était pas un mauvais choix : le fil rouge de la visite, les dragons, était connu de tous et familier ; sans empêcher la découverte d’éléments nouveaux, parfois techniques, il donnait une cohérence au parcours.

Une cohérence qui n’était rompue que par un court intermède : au second étage, ainsi que dans la salle consacrée aux musiques du monde, se trouvent deux petites scènes où, chaque jour, un musicien vient faire découvrir son instrument et offrir un petit concert commenté aux visiteurs du musée. L’animation « Musiciens au Musée » présente ainsi un concert chaque jour différent, dont l’intérêt varie selon vos goûts et selon le talent qu’a le musicien pour parler de son instrument. Cet après-midi-là, il s’agissait de guitare manouche.

Le lien avec les dragons fut rompu pendant les quelques minutes que durèrent cet intermède musical. Mais il fut renoué ensuite pour la seconde partie de notre activité, l’atelier. Dans une salle dédiée à la pratique musicale en groupe, les enfants, assis en demi-cercle, se sont essayés à la manipulation d’instruments très variés, parfois surprenants et amusants. Il s’agissait alors de produire des sons qui évoquent les quatre éléments, que les dragons symbolisent dans les différentes cultures : la terre, sur laquelle il s’appuient pour prendre de la force, l’eau dans laquelle ils vivent parfois, le feu qu’ils crachent et l’air qui siffle autour de leurs ailes. Chaque enfant se voyait attribué un instrument et, par groupes de quatre, ils imitaient le roulis des vagues ou le fracas des tremblements de terre. Une fois tous les instruments distribués, l’ensemble était quelque peu cacophonique – les enfants ne se contentant pas de jouer seulement quand leur élément était concerné.

Pour ma part, j’ai trouvé un peu frustrant que ma fille ne soit amenée à manipuler qu’un seul instrument (sur la fin, elle en a eu un deuxième), j’aurais trouvé sympa que les instruments circulent de main en main. Mais peut-être le capharnaüm se serait-il ajouté à la cacophonie, le tout devenant ingérable. En tout cas, le principe de l’atelier m’a semblé un peu limité : les enfants devaient jouer quand leur élément était « appelé », et comme ils ne jouaient que d’un instrument (à part les plus grands), j’avais le sentiment que nous tournions un peu en rond. Mais les apprentis musiciens étaient ravis – et après tout c’est là l’essentiel : « j’ai fait de la musique avec des copains », a résumé ma grande. Et avec un grand sourire !

Visite-atelier « Des dragons au Musée » - Tarif : 8 euros (enfant), 10 euros (adulte). Durée : 1h30.



Agenda Enfants et familles de la Cité de la musique : http://philharmoniedeparis.fr/fr/agenda?public[0]=233&public[1]=234&public[2]=235


Musée de la musique – Tarif : 7 euros ; gratuit pour les moins de 26 ans.
Poussette non acceptée. Le musée prête poussette et/ou porte-bébé.
Pas de « point goûter » à l’intérieur du musée, mais une sortie temporaire est possible ; on peut alors s’installer dans le café de la Philharmonie, ou sur les grandes banquettes du hall.