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mercredi 26 avril 2017

Ciao Bambini !

(Milan, Pavie, Bergame)


Il est d'usage de dire que les Italiens adorent les enfants. Et ils sont effectivement prompts à s'attendrir devant une tête blonde : nous n'avons pu compter le nombre de caresses et tapottes qu'a reçues la tête de notre cadette installée (plus ou moins) sagement dans sa poussette lors de notre virée italienne de ce printemps (premier voyage à l'étranger à quatre, après une longue parenthèse de vacances françaises). L'aînée a elle aussi fait une belle récolte de sourires, surtout quand elle s'essayait à quelques "ciao" ou "grazie" (une passion pour les langues étrangères est née). Et nous avons eu lieu de nous féliciter de cet amour des bambini lors de notre passage à l'aéroport de Milan : pour la première fois, nous avons eu le droit de conserver notre poussette jusqu'au moment de monter dans l'avion (ce qui est vraiment appréciable quand bébé est tout petit, et, même quand il a grandi, pas désagréable pour poser sacs et manteaux) ; nous avons également profité de la file spéciale "familles" pour le passage des contrôles de sécurité (salutaire quand l'attente pour l'enregistrement a déjà bien énervé vos têtes folles), et lors de l'embarquement les familles étaient prioritaires, ce qui n'était pas le cas à Roissy avec la même compagnie. De petits détails à ne pas négliger dans le parcours à multiples étapes du voyage en avion en famille.

Alors, allez-vous me dire, les enfants sont-ils bien accueillis dans les musées italiens ? Eh bien, pas vraiment mieux qu'ailleurs, aussi inégalement qu'en France en tout cas, et moins bien que dans d'autres villes européennes que nous avons visitées - la palme revenant à Madrid, où l'accueil était plus que chaleureux pour notre aînée alors âgée de deux ans, sans oublier une mention spéciale à Stockholm avec ses parcs à poussette (même si nous n'y avons pas toujours trouvé le tout-pour-les-familles tant annoncé - c'est d'ailleurs dans les gares de Madrid que nous avons trouvé des tables à langer, et non en Suède, étrangement).

Mais ce qui m'a le plus frappé pendant cette courte semaine en Italie, c'est que la présence des enfants y étaient bien mieux vécue dans les églises que dans les musées. C'était presque comme si cette présence était évidente, normale, comme s'il n'y avait rien à remarquer d'inhabituel dans le fait que des enfants entrent dans des chapelles, cathédrales et autres basiliques. Les gens qui les croisaient adressaient à nos filles les mêmes signes amicaux que dans la rue ! Voilà une situation bien paradoxale : dans ces lieux consacrés, où un silence "religieux" est de mise, et manifeste le respect du visiteur pour le culte qui s'y tient, les enfants ne semblaient jamais considérés comme une menace contre ce silence, comme une nuisance sonore ; et c'est dans les musées, lieux normalement arpentés par les touristes (parfois groupés en troupes plus ou moins discrètes), que nous avons croisé des regards désapprobateurs, subi des "chut" désobligeants (et injustifiés) et senti dans notre dos la surveillance des gardes et l'attente de notre départ. Pourtant, nos filles ne se tenaient pas plus mal dans les musées que dans les églises : comme ce ne sont pas des statues de cire, elles parlent, et la petite, qui a tout juste deux ans, ne maîtrise pas toujours le volume de sa voix ; et elle a eu autant de crises d'indépendance dans les églises que dans les salles de musées. Pourtant, là, au milieu des autres touristes mais aussi des paroissiens venus prier en cette période particulière qu'est la semaine sainte, nul regard ne m'a donné le sentiment que j'étais une criminelle parce que j'avais osé entrer avec des enfants.

Je ne me risquerai pas à expliquer cette tolérance observée dans les églises italiennes - indifférence des touristes face à l'atmosphère sacrée des lieux de cultes, bienveillance des croyants qui perçoivent les églises comme des lieux de vie et non comme des mausolées figés dans un silence éternel, je ne sais. Ce qui me frappe, c'est le sentiment qu'aujourd'hui, ce sont les musées qui sont perçus par leurs visiteurs comme par leurs personnels comme des lieux saints, quasi mystiques, où le silence, voire le recueillement, est de rigueur. Combien de fois avons-nous pensé, mon mari et moi, dans divers musées, "mais nous ne sommes pas dans une église !", quand les regards ou réactions des autres visiteurs se faisaient clairement hostiles (et de façon injustifiée : je n'ai pas la prétention de croire que mes filles sont des anges, mais elles savent globalement "se tenir" dans les musées, elles ont appris les règles toutes petites -  ne pas toucher, ne pas courir, ne pas crier - et même si la plus jeune ne les maîtrise pas encore parfaitement, la plupart du temps elles les respectent) ! Il semble que la dimension sacrée qui autrefois s'attachait aux lieux de culte se soient transférée dans les lieux de culture (après tout, l'étymologie est la même !), pensés comme les lieux où se célèbre un savoir partagé par une communauté. Récemment encore, je lisais dans les commentaires qu'avait déchaînés sur Facebook un reportage sur la visite plus que houleuse d'une classe de banlieue au musée d'Orsay (1) les mots suivants, qui m'ont frappée : "un musée c'est comme une église c'est solennel (...), on y va comme à une prière". Inutile de vous dire que je ne suis pas d'accord (je n'étais pas la seule, dans le fil des commentaires, d'ailleurs). Pour moi, un musée est un lieu de promenade, de découverte, un lieu de vie, bref, tout sauf un lieu de silence recueilli. Tout sauf un lieu de culte, aurais-je dit. Mais je comprends aujourd'hui que la définition même du lieu de culte qui sous-tend cette comparaison entre musée et église n'est pas si évidente.

Pendant notre séjour en Italie, nous n'avons pas croisé le moindre froncement de sourcil, dans aucun lieu de culte - que ce soit dans le Duomo ultra-touristique de Milan, dans des lieux plus "intimes" comme l'église San Maurizio (absolument magnifique), ou même dans des lieux a priori dévolus au silence. Le moine qui nous a fait visiter l'église et les cloîtres de la fascinante Chartreuse de Pavie n'a pas eu un geste ni un regard de gêne, de désapprobation ou même de surprise en nous voyant arriver avec nos deux filles. Ici comme là, des regards bienveillants les accueillaient. Au pire, elles passaient inaperçues. Faut-il en conclure que les églises ne sont pas conçues par ceux qui les "habitent" et les "animent" comme des lieux solennels, confits dans un silence empesé (et ce malgré les avertissements et appels au silence qui accueillent invariablement les visiteurs) ? Notre aînée l'a peut-être compris plus tôt que nous, elle qui ne se sent pas plus intimidée que cela dans les églises, et vient y admirer les vitraux, peintures, sculptures avec la même curiosité que dans un musée ; elle qui, à deux ans, était dépitée de ne pas pouvoir entre dans les églises lors de notre premier soir à Venise... Il faut dire qu'elle a un engouement assez mystérieux pour les églises (nous ne sommes pourtant pas pratiquants !), où elle tient toujours à "prier", c'est-à-dire à allumer un cierge (ce qui nous vaut des négociations dignes d'un magasin de jouets !). Quant à la cadette, c'est aussi bien dans les églises que dans les musées lombards qu'elle a appris à dire "c'est beau!".


Il faut dire que pour nous qui ne sommes pas croyants les églises sont avant tout des lieux touristiques, des lieux de contemplation d'œuvres d'art, tant architecturales que picturales. Et notre séjour à Milan ne nous a pas déçus sur ce plan : si, comme tous les touristes (en flots impressionnants, il est conseillé d'éviter les heures de pointe et d'acheter son billet dès l'ouverture), nous avons admiré les beautés du Duomo de Milan (de la façade, aux couleurs changeantes selon les heures de la journée, à l'intérieur, riche en beautés de toutes sortes, et sans oublier surtout la montée sur les toits, promenade vertigineuse dans une "forêt de symboles"), nous n'avons pas regretté nos explorations dans des quartiers moins fréquentés mais tout aussi riches en chefs d'œuvre religieux. Éblouissement à San Maurizio, couvert de fresques du sol au plafond, arc-en-ciel de couleurs à Sant'Eustorgio (pas très loin d'un petit parc sympathique où les filles ont pu profiter des jeux), dentelles de pierre de la basilique Sant'Ambrogio. Bonne pioche aussi que cette journée à Pavie, pour la Chartreuse bien sûr (à voir absolument, même la petite marche en plein champs depuis la gare y a son charme), mais aussi pour les églises de Pavie elle-même : la ville manque cruellement de charme, et c'est dommage, car ses églises sublimes (San Pietro in Ciel d'Oro, avec sa mosaïque et l'impressionnant tombeau d'Augustin, que l'on nous a invités à venir voir de plus près avec nos filles ; le Duomo avec son architecture majestueuse ; San Teodoro et ses fresques, la basilique San Michele Maggiore et ses plafonds, aucune ne nous a déçus) valent vraiment le détour et méritaient un plus bel écrin. L'unité était davantage au rendez-vous à Bergame, dont la ville haute, un peu figée dans le temps, offre aux touristes bien plus nombreux l'irrégularité de ses pavés en même temps que les beautés de ses monuments (chapelle Colleoni à couper le souffle, basilique San Maria Maggiore pour les amoureux du baroque (sur)chargés...) et surtout le panorama imprenable depuis le quartier San Virgilio après un second funiculaire. Nature et architecture nous ont offert à Bergame comme à Pavie de jolies parenthèses dans le décor très urbain de Milan, qui nous dépaysait assez peu.

Belle architecture et parenthèse verte aussi, ainsi qu'une atmosphère festive, étaient au rendez-vous dans des lieux a priori non touristiques mais a voir absolument : les universités de Pavie et de Milan. En plus de la semaine sainte, il semble que nous avions aussi visé la semaine de remise de diplômes : nous avons croisé de nombreux jeunes gens coiffés de couronnes de lauriers, symbolisant l'obtention du diplôme de Laurea (l'équivalent du M2 ici), et avons même déjeuné près d'une famille fêtant une jeune femme aux cris de "dottore". Les rues de Pavie et de certains quartiers de Milan étaient parsemées de confettis et, le jour où nous sommes passés dans le quartier de l'Università Cattolica, des flots d'étudiants en sortaient, et nombre d'entre eux fêtaient au champagne avec leurs copains leur couronne toute fraîche. L'Università Cattolica, mais surtout l'Università Statale sise dans l'ancien Hôpital de Milan (magnifique bâtiment du xve siècle) offrent un cadre idyllique aux étudiants : cloîtres arborés, antiques bâtisses, quelque-chose comme la cour aux Ernest (rue d'Ulm) en mieux, avec le charme de l'ancien et le soleil de l'Italie. J'ajoute que la découverte de l'Antico Ospedale Maggiore fut une bonne surprise, car y étaient exposés quelques "restes" de la semaine du design récemment achevée : robes géantes habillant les colonnes, installation sonore et visuelle interactive, sculptures géantes et constructions provisoires, mais aussi des fauteuils, faisaient de la cour principale un lieu accueillant et vivant, que l'on pouvait appréhender de haut grâce à une plateforme située au sommet d'un grand escalier de bois. Modernité et charme du passé cohabitaient avec brio, de même que l'installation de miroirs qui habillait la cour dite de la Pharmacie mettait en valeur la construction tout en lui donnant une profondeur inattendue.


Une autre partie de cette exposition de Design, essentiellement consacrée au convivio, se trouvait installée dans le petit jardin botanique qui se trouve derrière la Pinacoteca de Brera, et par lequel nous avons été bien inspiré de faire un petit détour. Installations et sculptures à base de verres se fondaient dans le vert des plantations et offraient une pause bienvenue après les riches nourritures artistiques de la Pinacothèque.

Car - il fallait bien que j'y vienne - les muséophiles sont à la fête à Milan. Encore avons-nous fait une sélection de ce que les guides présentaient comme les incontournables, en tenant compte de nos goûts. Nous n'avons visité "que" cinq musées pendant cette semaine en Lombardie, tous les cinq à Milan. Nous avons négligé des musées très spécialisés (Scala, Novecento, archéologie) et/ou scientifiques (musée d'Histoire naturelle, musée des Sciences et Techniques - qui pourrait probablement plaire à des enfants un peu plus grands que les nôtres, et qui aurait pris la 6e place si nous avions eu plus de temps) pour nous concentrer sur les musées artistiques, et notamment de peinture. Deux catégories de musées cohabitent à Milan : les grandes institutions, et les maisons particulières de collectionneurs. Et ce sont deux ambiances bien différentes qui y règnent : à des degrés divers, les musées à proprement parler manquent clairement de chaleur dans leur accueil qui est au mieux indifférent, au pire particulièrement odieux. Ce fut le cas à la Pinacothèque Ambrosienne, dont nous sommes ressortis furieux et déçus : non seulement on nous a expliqué, sur un ton fort peu aimable, que nous ne pouvions circuler avec la poussette qu'à un seul étage (alors qu'un ascenseur les dessert visiblement tous) - alors que la seule personne aimable du musée, au guichet, n'avait pas été aussi catégorique... - mais nous avons été suivis d'un regard soupçonneux pendant toute la visite (et je passe sur les aboiements quand j'ai voulu prendre une photo, ce que j'ignorais être interdit...) ; cela nous a poussé à reléguer la petite "en quarantaine" sur les terrasses, pour ensuite traverser les salles très vite avec elle, histoire de limiter au maximum ce qui était clairement vécu comme une nuisance (guides et visiteurs au diapason, comme si les premiers donnaient le ton). Etrangement, c'est justement quand elle est mal accueillie, et donc quand nous sommes crispés et sur le qui-vive dès le début de la visite, que notre cadette a de folles envies de traversées fantastiques ou des éclats de voix et de rires des plus sonores. Pour ne rien arranger, entre les premières salles et les toutes dernières, où sont enfin révélés les chefs d'œuvre du musée qu'on désespérait de trouver, cette Pinacothèque offre beaucoup de "croutes", toiles sans intérêt exposées dans un espace labyrinthique et ponctué d'escaliers. Rien ne venait donc rattraper l'atmosphère hostile de ce musée, qui ne vaut pas les 15 euros que l'on débourse, et que je ne vous recommande absolument pas, avec ou sans enfant.


Si vous allez à Milan, vous aurez bien meilleur compte de passer du temps dans les salles étourdissantes de chefs d'œuvre de la Pinacoteca de Brera, et dans les multiples musées du Castello Sforzesco. La première vous offrira un incomparable florilège de peinture italienne, de Raphaël à Caravage, en passant par Mantegna (saisissant Christ mort), Bellini, Piero della Francesca, ou encore de belles toiles de Véronèse, grands formats auxquels une composition binaire offre relief et profondeur... Tandis que la petite admirait depuis sa poussette, la grande cherchait à reconnaître les tableaux reproduits en miniature sur le plan du musée (maigre support de visite pour une enfant). Puis les vastes salles de bâtiment sans charme mais pratique et lumineux ont offert leur sol à nos dessinatrices en herbe : les cahiers de coloriages et les crayons furent les bienvenus pour les faire tenir jusqu'au bout de cette longue visite. Nous avons regretté que les salles intitulées "Museo visibile", et notamment le laboratoire de restauration, n'aient pas été davantage exploitées et animées : la grande cage vitrée du laboratoire laissait voir les œuvres en cours de restauration (méthode qui avait été aussi choisie à l'Ambrosienne pour montrer "quand même" l'un des clous du musée, le dessin préparatoire de L'École d'Athènes, mais avec moins de bonheur car l'œuvre, couchée sur une grande table, n'est pas vraiment visible, ce qui n'est pas vraiment compensé par la vidéo et l'écran interactif voisins), mais à part quelques papiers explicatifs peu visibles, rien ne permettait de comprendre ce qui pouvait bien se passer dans ce laboratoire (nous étions un vendredi de Pâques...). Il est toujours dommage que ces grandes institutions culturelles (comme, chez nous, le Louvre) n'estiment pas nécessaire de faire un peu de pédagogie et d'interactivité à destination des enfants comme des autres publics.

La Pinacothèque offre donc une collection très cohérente malgré sa richesse (mises à part quelques œuvres modernes issues d'une collection particulière). Si vous recherchez plutôt la variété, c'est au château des Sforza et à ses multiples musées que vous devrez consacrer une demi-journée, qui sera d'ailleurs agréablement prolongée par l'exploration de l'immense Parco Sempione (les jeux pour enfants sont à l'autre bout du parc, mais valent la balade). Selon vos goûts et vos envies, vous choisirez le musée de la Préhistoire et le musée Égyptien, le musée des instruments de musique (parcouru rapidement, il nous a semblé un peu défraîchi), ou encore la collection de Mobilier (nous avons aperçu quelques pièces, dans une nouvelle installation qui nous a semblé attrayante et dynamique) et le Musée des Arts décoratifs. Pour notre part, nous avons surtout apprécié le Musée d'Art ancien, vraiment magnifique : sculptures, mais aussi tapisseries s'admirent dans des salles du château qui ont conservé leurs beaux plafonds, voûtes peintes et armoriées. Le décor ajoute du charme à cette collection d'une très belle qualité. Quant à la Pinacothèque, malgré quelques belles toiles, elle fait pâle figure en comparaison, et nous l'avons parcouru rapidement tout en jouant à "cherche et trouve" avec les œuvres reproduites sur le plan ; un parcours rapide qui nous a permis de constater, comme d'autres fois, qu'il ne faut pas se fier à l'enfant qui ne regarde pas - quand nous avons traversé quelques salles un peu vite, j'ai tout de même dit à mon aînée "s'il y un tableau qui te plaît, tu me dis", et elle m'a alors menée en arrière, voir un tableau représentant Vulcain, pourtant pas des plus visibles. Mine de rien, elle observait et sélectionnait.

Ce même regard efficace et discret l'a amenée à jouer au "tableau que je préfère" lors de notre visite du musée Poldi Pezzoli, l'un des deux musées-maisons que nous avons visités, et clairement le plus beau des deux à nos yeux (il y avait souvent deux ou trois "tableaux préférés" désignés par salle !). Le musée Bagatti Valsecchi nous avait pourtant séduit par son atmosphère hors du temps : les deux frères Bagatti ont réuni au xixe siècle une belle collection d'art lombard du xvie siècle, mais ils l'ont surtout installée dans un décor "d'époque", un palais néo-Renaissance tout-confort (gigantesque salle de bain, électricité, etc.) mais meublé et décoré d'objets, de toiles et même de plafonds datant de la Renaissance. Il devait être étrange de vivre dans cette maison-musée... mais il n'était pas désagréable de l'arpenter. Même décalage temporel au musée Poldi Pezzoli, palais d'un autre collectionneur du xixe siècle fou d'art de la Renaissance. Là aussi, meubles anciens côtoient les toiles de maître dans le décor néo-gothique qui fut celui de la vie privée du propriétaire. Certes, le musée étant plus grand, certaines salles frappent moins par leur atmosphère, les meubles étant sensiblement moins nombreux que chez les frères Bagatti, et l'on pourrait parfois se croire dans un musée "traditionnel". Mais la collection de peinture (Botticelli, Pollaiolo et bien d'autres beautés), comme d'objets précieux (horloges de toutes tailles et de toutes formes), est proprement fascinante. Nous nous sommes régalés. Pourtant, la visite avait très mal commencé : alors que notre cadette venait tout juste de commencer sa sieste, on nous annonce au guichet qu'il est impossible de visiter le musée avec une poussette (interdiction comme souvent abusive). Annonce faite en français, sur un ton fort aimable et même vraiment navré, mais ferme. Nous voilà donc obligés de faire "deux équipes" : je monte visiter avec mon aînée pendant que mon mari reste avec la belle endormie au rez-de-chaussée, où se trouvent des salles visibles gratuitement - une impressionnante collection d'armes, mais aussi des salles où étaient exposés les travaux réalisés par des élèves d'une école milanaise de design autour du bois ; une petite vidéo montrait très rapidement la genèse de leur travail et, quand ce fut notre tour de rester en bas pendant que mon mari visitaient le musée, mon aînée bénéficia d'une visite guidée gratuite de l'exposition par le "garde" posté dans la salle de projection. Ce charmant guide nous expliqua en italien la symbolique ou la fonction des objets, et nous offrit même quelques démonstrations - tours de toupies, battements d'éventail qui semblaient n'être donnés que pour nous, avec un sourire complice (certains objets étaient fragiles, je ne suis pas bien sûre que quiconque avait le droit de les manipuler!), pour faire plaisir à notre fille. Si j'ajoute qu'à notre retour à l'accueil notre aînée s'est vu offrir une belle boîte de peinture, vous comprendrez que nous n'en avons pas trop voulu au musée Poldi Pezzoli de ne pas être accessible aux poussettes, car c'est bien là que l'accueil fut le plus chaleureux pour nos enfants. Beauté des toiles de la Renaissance, modernité du design contemporain et sourires pour les bambini, cette toute dernière visite avant le départ sonnait comme un beau résumé de notre séjour milanais.



(1) Voir par exemple un article du Parisien sur cette "affaire", et celui de l'Humanité, un peu plus partial (du moins en apparence) - j'y reviendrai peut-être dans une autre note.



Musée Poldi Pezzoli : ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h ; entrée 10 euros, 4,50 euros pour les 11-18 ans et les étudiants, gratuit jusqu'à 10 ans. No poussette.

Musée Bagatti Valsecchi : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 13h à 17h45 (nombreux jours de fermeture dans l'année) ; entrée 9 euros (6 euros le jeudi et pour les étudiants), 2 euros pour les 6-18 ans, gratuit jusqu'à 5 ans. Le site indique qu'un audioguide spécifique (en italien) et des panneaux explicatifs sont dédiés aux enfants.

Pinacothèque de Brera : ouvert tous les jours sauf le lundi de 8h30 à 19h15 (22h15 le jeudi) ; entrée 10 euros (2 euros le jeudi à partir de 18h), gratuite pour les moins de 18 ans et les premiers dimanche du mois ; tarif réduit (7 euros) pour les étudiants.

Pinacothèque Ambrosienne (site catastrophique, très difficile à parcourir, et qui témoigne du caractère poussiéreux de la Pinacothèque, confirmé par l'organisation de son accueil des publics) : ouvert tous les jours sauf lundi, de 9h à 18h ; entrée 15 euros (les tarifs ne sont pas indiqués sur le site, mais nos filles n'ont pas payé).

Musées du château des Sforza : ouverts tous les jours sauf le lundi, de 9h à 17h30 ; entrée 5 euros, gratuit pour les moins de 18 ans.

Attention, en plus des jours fériés habituels, beaucoup de musées sont fermés pour Pâques!

dimanche 19 février 2017

Musée à ciel ouvert

(Nantes, un peu partout)


À l'heure où nous songeons à nos prochains voyages - pour oublier l'hiver - j'ai eu envie de me replonger dans nos dernières vacances d'été. En juillet dernier, après une semaine plage-aquarium-plage-promenade-plage au Croisic - avec tout de même une petite excursion anti-canicule à Batz-sur-Mer, où l'on peut visiter un musée des marais salants très child-friendly (1) -, nous avons passé quelques jours plus "culturels" à Nantes. Une ville qui nous a semblé inépuisable : nous y sommes restés cinq jours, qui ont été bien remplis, et nous n'avons pas eu le temps de tout voir - sans compter que deux des principaux musées (musée des Beaux-Arts et musée Dobrée) étaient fermés pour travaux (mais une petite partie de leurs collections était visible, assez pour ne pas être frustré, et pour avoir envie de revenir !).

Ne vous méprenez pas sur le titre de cet article : Nantes n'a rien d'une ville-musée. Vivante et changeante, elle est tout sauf figée. Son centre ville a certes le charme de l'ancien, relevé par quelques coquetteries d'urbanisme moderne (très beaux lampadaires sur la place de l'opéra, et aussi ces drôles d'arches en plastique translucide placées à quelques croisements, et dont je n'ai toujours pas compris l'utilité). Mais un nouveau centre, moderne et tourné vers l'inventivité, vers l'avenir, se bâtit progressivement sur l'île des machines, ancien site des chantiers navals. Le cœur de cette nouvelle Nantes, c'est bien entendu le tandem fantastique formé par le Carrousel des Mondes marins (un manège sur trois étages, habité de créatures réelles ou inventées, la plupart articulées, à admirer mais aussi à chevaucher et à animer le temps d'un tour qui ravit toutes les générations) et par la halle qui abrite les Machines de l'île, série de prototypes qui sont animés sous vos yeux les uns après les autres. Ces lieux, qui à eux seuls valent de venir à Nantes, sont à la fois tournés vers un passé littéraire (celui des mondes imaginés par le Nantais Jules Verne, dont l'univers, qui est aussi celui de notre enfance, surgit devant nos yeux), et vers l'avenir ; un avenir très concret, bien qu'il semble un peu fou, celui de l'arbre aux hérons, qui devrait se dresser sur l'île aux Machines et que viendront habiter les araignées, fourmis et autres chenilles articulées, sans oublier les hérons dont un "petit" prototype nous a permis d'imaginer le vol majestueux. Rendez-vous en 2021 : je vous l'ai dit, nous avons quitté Nantes avec la ferme intention d'y revenir.



Installation pérenne de Daniel Buren,
sur les bords de Loire, sur l'île aux Machines
Mais je n'oublie pas l'objet de ce blog, que je ne vais pas transformer en guide touristique accéléré - ni en prospectus vantant les merveilles des machines, même s'il ne faudrait pas me lancer sur le sujet du tour en éléphant, souvenir impérissable pour nous tous. Si je vous parle de Nantes aujourd'hui, c'est parce que la culture, et notamment cette partie de la culture que l'on découvre dans les musées, l'art, y tiennent une place à la fois centrale et atypique. Car ils sont à la fois partout et nulle part : ils ne sont cantonnés dans aucun lieu, puisque tous les lieux peuvent les accueillir. Tout particulièrement l'été, grâce à une manifestation de grande ampleur nommée le Voyage à Nantes, qui transforme la ville en musée vivant : depuis 2012, elle est en effet parcourue par un fil vert, tracé sur le bitume, qui mène les visiteurs à travers la ville, côtoyant ses principales attractions touristiques, les envahissant à l'occasion, dans une promenade ponctuée d'une cinquantaine d'étapes artistiques - installations, expositions temporaires et œuvres devenues permanentes depuis les précédentes éditions du Voyage ou de son ancêtre, le festival Estuaire. Ce fil vert, on peut le croiser par hasard ou décider de le prendre comme guide, on peut le quitter pour le reprendre plus loin, ou un autre jour. Un livret, distribué dans la plupart des points-étapes, fournit non seulement un plan de l'itinéraire mais une présentation de chacune des étapes, pour ceux qui devraient ou voudraient faire un choix. Et il y en a pour tous les goûts, même si l'art contemporain est bien entendu à l'honneur : cette année, le château des ducs de Bretagne accueillait une exposition d'icônes qui retrace le destin des Grecs chassés de Turquie après la Première Guerre Mondiale ; quant au Musée des Beaux-Arts, il s'exposait en version "nomade" dans trois lieux différents, qui présentaient une sélection d'œuvres autour du thème du voyage.

Design, architecture, sculpture, vidéo... Tous ces médiums de l'art contemporain étaient exploités au fil du parcours, et bien d'autres encore : une cabine téléphonique transformée en aquarium, un terrain de foot au tracé oblique auquel un miroir convexe rend sa forme traditionnelle, une installation sonore et lumineuse dans la salle de l'opéra (qui permet d'en admirer le magnifique plafond peint sous divers éclairages), un mobile géant hissé par une grue au-dessus d'une place sur laquelle sont installés les containers de couleurs dans lesquels ses différents éléments semblent avoir été découpés, un mètre ruban géant posé dans la cour d'un bâtiment de bureaux... Car l'art, à Nantes, se fond dans la ville et devient un élément à part entière du paysage urbain : pendant le Voyage à Nantes, l'art investit les lieux du quotidien (une piscine, dont les usagers nageaient sous un banc de poissons argentés), les rues (un passage piéton dont les lignes se croisent ou se courbent), les parcs ; partout dans la ville, des enseignes créées par différents artistes se sont installées aux devantures des boutiques. Et les Nantais comme les visiteurs ne sont pas seulement invités à regarder : le terrain de foot attire les sportifs et, non loin, un magnifique dragon en bois cracheur d'eau s'avère être une aire de jeux géante pour les enfants ; tables de ping-pong revisitées, arbre à paniers de basket, bars à l'architecture surprenante, airs de pique-nique et potagers ou vergers ouverts à tous, cantines, terrains de jeu, canapés-bibliothèques, les œuvres deviennent cadre de vie autant qu'objets de regard, et tous sont appelés à les traverser, à les habiter. Ainsi de cette palissade non rectiligne, dont les courbes et les angles débordent sur la rue et abritent des bancs où celui qui les traverse peut s'arrêter pour contempler les vagues de lumières et d'ombres qui s'y jouent.





































Car le jeu semble le maître-mot de ce Voyage à Nantes : jeu avec les codes du mobilier urbain, jeu avec l'espace-même de la ville, et espaces de jeu pour petits et grands. Deux des grands moments de nos visites nantaises illustrent bien ce ludisme ambiant. Le sommet de ce parcours fut pour moi le jeu de piste absolument jubilatoire que Claude Ponti avait tracé à travers le Jardin des Plantes : ce fut un plaisir pour nous de retrouver l'univers de cet auteur jeunesse très décalé et imaginatif - nous nous y sommes replongés depuis, et notre fille est absolument conquise par les aventures de Blaise et autres poussins, par La pelle l'Adèle ou par Ma vallée, par Broutille, peut-être mon préféré, à moins que ce ne soit Le château d'Anne Hiversère ou L'Écoute-aux-portes... Plusieurs motifs ponctuaient ce parcours un peu fou et si poétique : des bancs décalés (banc géant sous lequel passent les promeneurs, bancs en vague, bancs "façon Dalton", dont le plus petit est au ras du sol, etc.) et, surtout, la grande aventure de pots de fleurs qui, nés "tout nus" d'un pot géant (lui-même créé à partir de pots assemblés, l'intérieur tourné vers nous), vont acquérir dans leur traversée du parc, en passant à l'intérieur de créations florales qui sont autant de créatures fantastiques, des yeux, un nez, des pieds... Chaque été depuis 2013, Claude Ponti vient enchanter et amuser le jardin des Plantes nantais, inventant de nouvelles créatures de verdure qui viennent l'habiter, rejoignant certaines œuvres pérennes, comme le banc géant. Leur présence dans tous les recoins de ce magnifique jardin, très agréable à parcourir en lui-même, calme et varié, transforme la promenade en chasse aux pots de fleurs, en quête de la prochaine loufoquerie claudepontiesque. Un vrai bonheur pour petits et grands.

Autre artiste, autre espace, autres styles : le bâtiment principal du musée Dobrée avait été vidé de ses œuvres en vue de travaux imminents mais, avant d'être envahi par les plâtriers, il avait été abandonné à l'inspiration du Gentil Garçon, artiste multi-support qui, lui aussi, s'est pris au jeu du Voyage - jeu avec l'espace du musée inhabité (ses couloirs se peuplèrent de bras porte-lampes-torches fantomatiques, ses escaliers de lampes suspendues...) et avec les œuvres de trois musées de la ville, dont deux étaient alors en travaux : le musée Dobrée lui-même, le Musée des Beaux-Arts et le Muséum d'histoire naturelle. Des dialogues ludiques (mimétisme de couleurs et de formes) ou mystérieux, des mises en scène surprenantes (de toutes petites œuvres dans une sorte de maison de poupées) qui créaient une atmosphère parfois inquiétante, parfois amusante, toujours stimulante. Une très bonne idée que ce coup de folie dans un espace défraîchi.

Il incitait également à venir découvrir les collections du musée Dobrée, présentées malgré les travaux dans un espace plus récent mais plus petit : on peut en avoir un aperçu grâce à une sélection, renouvelée régulièrement, mais qui compte toujours les pièces maîtresses (le laraire gallo-romain de Rezé, l'écrin du cœur d'Anne de Bretagne, une vierge en ivoire du xive siècle...) de cette collection pour le moins éclectique (numismatique, archéologie, notamment militaire, sculptures antiques et médiévales, objets venus d'Asie, arts graphiques, manuscrits...). Ce résumé de collection, présenté de manière claire et esthétique, dans un espace lumineux et agréable, augure bien de l'ensemble de la collection, et ce d'autant plus que ses concepteurs ont eu la bonne idée de conserver cinq activités ludiques et interactives destinées aux enfants. Si la borne tactile propose, autour des œuvres de la collection, des jeux (puzzles en temps limité, etc.) un peu difficiles pour notre fille qui avait alors 4 ans et demi, elle a pris grand plaisir à inventer sa propre monnaie (d'après un modèle détaillant les différents éléments constitutifs) ou les tenues de trois chevaliers d'époques différentes. Cette attention au jeune public (qui serait parfaite si les poussettes étaient autorisées dans l'un comme dans l'autre bâtiment du musée Dobrée), si elle est développée à l'échelle de l'immense collection du musée, et dans chacun de ses domaines, en fera un musée aussi agréable que passionnant lors de sa réouverture.

Ce panorama muséique de Nantes ne serait pas complet si je n'évoquais pas rapidement les autres "vrais" musées de la ville, même si, au fond, ce ne sont pas eux qui nous fournirent les moments les plus riches en surprises. Le Muséum d'histoire naturelle et le Musée d'Histoire de Nantes, qui est abrité dans le château des ducs de Bretagne, offrent tous deux des activités pour les enfants, sous forme de livrets notamment, avec un succès variable cependant. Le questionnaire proposé par le Musée d'Histoire de Nantes, sous forme d'une plaquette plastifiée à rendre en quittant le château, était en effet bien difficile pour notre fille, et nous avons opéré une sélection, parmi les questions mais aussi parmi les sections de ce musée trop grand, trop riche et trop abstrait pour elle - malgré la multitude d'objets qu'il permet d'observer, ce musée, en suivant un fil chronologique exigeant et en abordant des thématiques difficiles quoiqu'inévitables (la traite des noirs et l'esclavage, la Grande Guerre, etc.), est plus adapté à des enfants qui ont une certaine connaissance de l'Histoire de France et de ses horreurs ; il manque d'illustrations des usages des objets présentés. J'avoue que moi-même je ne suis pas fanatique de ce genre de musée d'histoire d'une ville ou d'une région et, même si celui de Nantes est très riche, très beau, j'ai davantage apprécié le château qui l'accueille, son architecture, sa belle cour et les vues qu'il offre (notamment si l'on fait le tour des remparts) sur la ville de Nantes, ses toits, ses clochers, sa magnifique cathédrale, la tour Bretagne et la tour rescapée des usines Lu, devenues aujourd'hui le Lieu Unique...

La visite du Muséum d'histoire naturelle m'a elle aussi laissé un souvenir en demi-teinte - mais encore une fois peut-être est-ce affaire de goût personnel, car c'est un très beau musée. Mais j'avoue que les "cailloux" me laissent froide, et les animaux empaillés aussi. Cela dit, autant le Musée d'Histoire de Nantes m'avait semblé peu passionner ma fille, autant elle a été contente d'observer pierres précieuses et animaux naturalisés et, surtout, de parcourir l'exposition temporaire sur les fourmis, assez ludique, pensée pour le jeune public, auquel un espace créativité et lecture y est consacré. À l'étage "animaux", dans la partie permanente de l'exposition, un coin coloriage est également installé, avec de nombreux animaux différents. Un livret nous avait aussi été donné, sur demande, pour parcourir cette partie du musée, mais nous avons parfois échoué à identifier les animaux qu'il nous invitait à retrouver - étaient-ils absents temporairement ? Ou est-ce trop difficile ? Encore une fois, un matériel ludique à améliorer.

Mais si je me montre un peu critique envers deux institutions culturelles de la ville, c'est peut-être aussi parce que Nantes avait placé la barre très haut. L'esprit du Voyage avait également atteint les extérieurs de ces deux musées, mais on peut regretter qu'il n'ait pas franchi leurs portes pour y semer son grain de folie. Il n'en reste pas moins que, Voyage ou non, Nantes est une ville qui vaut le détour, tant par sa richesse culturelle que pour le plaisir qu'on prend à la parcourir, de passage en parc, de place en bord de Loire. Passer et repasser par les rues du centre ville, entre le passage Pommeraye et l'Opéra, ou encore du côté de l'île des Machines, nous faisait oublier les kilomètres avalés et a imprimé dans nos mémoires le souvenir d'une atmosphère estivale, légère et détendue, un air de vacances bien rare dans une ville de cette taille.


(1) Le musée est intéressant - pour qui aime les reconstitutions du mode de vie des Français d'antan et des techniques ancestrales - mais il a surtout pour mérite d'être très accueillant pour les enfants : plusieurs parcours ont été préparés pour eux, en fonction de leur âge (livret d'observation pour les petits - parfait pour notre fille de quatre ans -, chasse aux indices avec lampe de poche pour les plus grands), et en fin de parcours une salle leur est offerte pour laisser libre cours à leur créativité (ciseaux, colle, feutres à disposition, sur de petites tables adaptées) ; l'été dernier, ils pouvaient créer des figures à la Arcimboldo avec des photos des objets exposés dans le musée - notre grande a adoré !



Informations (parfois incomplètes ou à vérifier) sur le livret offert par le Voyage à Nantes ou sur le site du Voyage.

Les Machines : horaires variables selon les périodes, voir le site ; tarifs (attention, billetterie pour le Carrousel séparée de celle de la Nef, réservée aux billets pour la Galerie et l'éléphant) : 8,50 euros (tarifs réduits ; possibilité d'une visite du Carrousel sans tour de "manège", 6,30 euros ; gratuit pour les moins de 4 ans, sauf pour le Carrousel avec un tour, gratuit jusqu'à un an) ; tarifs réduits et tarifs groupes ou familles.

Musée Dobrée : le musée est actuellement fermé pour rénovation, mais des expositions temporaires se succèdent dans certains espaces restés ouverts au public ; entrée gratuite ; horaires variables, voire les information en ligne.

Château des ducs de Bretagne et Musée d'Histoire de Nantes : cour et remparts en accès libre tous les jours de 8h30 à 19h (20h l'été) ; intérieurs et musée ouverts tous les jours sauf le lundi, de 10h30 à 18h (mais tous les jours sans exception, de 10h à 19h en juillet et août). Tarif : 8 euros (tarif réduit - jeunes, enseignants etc. : 5 euros), gratuit pour les moins de 18 ans.

Muséum d'histoire naturelle : ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h ; entrée tarif plein 4 euros (tarif réduit : 2 euros), gratuit jusqu'à 18 ans. Poussettes non admises dans la plupart des espaces (exposition temporaire, vivarium, mezzanine où sont exposés les animaux naturalisés).

jeudi 19 mai 2016

Prière de... s'asseoir

(exposition Pierre Paulin - Centre Pompidou)

Varier les plaisirs (de musées). C'est avec cet objectif que nous avons visité la petite exposition qui présente, au centre Pompidou, quelques-unes des créations du designer Pierre Paulin, qui s'est notamment distingué par ses sièges : les fauteuils Tongue à superposer, le fauteuil Mushroom bleu électrique, les canapés collectifs et banquettes pour deux, Dos-à-dos ou Face-à-face, ou encore le Tapis-siège dont les angles se relèvent pour que vous puissiez vous y appuyer, tous sont présents, dans l'espace lumineux de la Galerie 3 (au premier étage, du côté opposé à l'entrée et à la Galerie des enfants), habilement organisé en plusieurs espaces séparés par des rideaux en plastique blanc aux belles ondulations, et par des paravents tout aussi contemporains. Ils sont accompagnés de quelques meubles, objets et luminaires, mais aussi par des dessins et projets (concernant notamment la salle-à-manger des Pompidou à l'Elysée). Couleurs vives, lignes épurées, matières nouvelles, voilà les marques de la modernité de Paulin, qui connaît et honore cependant ses classiques : la boudeuse avec Dos-à-dos, le fauteuil Crapaud avec Mushroom, ou encore la chaise curule des sénateurs romains.

Sièges et meubles, présentés sur des plateformes dont on peut parfois faire le tour, sont joliment mis en valeur par leur présentation par petits groupes, dans un espace qui semble mouvant, dynamique. Leur découverte est complétée par trois vidéos : la première est une interview de Paulin qui vous accueille dès l'entrée de l'exposition pour vous raconter son parcours ; la seconde, sur un petit écran, permet d'admirer les meubles et aménagements créés par Paulin pour l'Elysée, et d'en comprendre la conception ; la troisième, à nouveau sur grand écran, semblait captiver les visiteurs. Il faut dire qu'elle constituait un bon prétexte pour tester quelques sièges Paulin et s'y lover confortablement. Toutes les places étaient d'ailleurs prises sur les fauteuils Tongue et Grand Tulip disposés dans cet espace rendu d'autant plus cosy par un tapis "pliable" qui habille de douceur mur et sol tout ensemble.

Ludique et créative, la mise en scène de cette exposition est elle-même un acte de design intérieur. On se cache, on dévoile ou devine les meubles, en passant de l'autre côté des rideaux ou en jetant un œil à travers les ronds transparents qui s'y découpent. Un jeu de cache-cache qui a d'emblée amusé notre fille. Elle a été surprise ou intriguée par certains meubles ("ça ne doit pas être très confortable", a-t-elle lancé devant un fauteuil tout en métal), et nous avons joué à reconnaître leurs formes (langue, champignon, serpent...) ou à lui faire deviner la double utilité du Tapis-siège. Le visiteur peut même observer la structure métallique de l'emblématique fauteuil Mushroom. Je n'ai découvert qu'une fois rentrée à la maison que le petit dépliant offert sur les présentoirs à l'entrée de l'exposition proposait, sous le titre "Paulin en famille", un jeu de cherche-et-trouve tel que celui que nous avions improvisé, ainsi que quelques questions et un jeu d'association, plutôt destiné à des enfants qui savent lire les cartels de l'exposition. J'aurais bien aimé pouvoir l'exploiter avec notre aînée, qui n'a cependant pas eu besoin de livret ou de crayons pour apprécier cette promenade au milieu de meubles amusants et accueillants, à l'image de la tente sous laquelle elle a eu envie de danser - ou de coucher ses poupées !


Du 11 mai au 22 août 2016.
Galerie 3, niveau 1 - Centre Pompidou.
Ouvert tous les jours (sauf le mardi) de 11h à 21h (23h le jeudi).
Tarif : 14€ (tarif réduit à 11€) ; gratuit pour les moins de 18 ans.