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jeudi 15 août 2019

En cas d'ennui

(Quelques idées musées pour le mois d'août à Paris)


Vous êtes à Paris (ou pas loin) au mois d'août, le temps n'est pas splendide et vous ne savez plus comment occuper vos (plus ou moins) petits qui commencent à trouver que ces vacances portent bien leur nom de "grandes" ? Vous venez de rentrer de voyage, le retour est d'autant plus rude qu'il reste encore deux bonnes semaines avant le 1er septembre ? Voici en vrac et un peu vite deux idées testées pour vous, et dont c'est le moment de profiter - que vous soyez touchés par l'ennui ou non - parce qu'elles ne vont plus durer longtemps.

Pour une combinaison visite et pause ludique, vous pouvez toujours compter sur l'incontournable Galerie des enfants du centre Pompidou ; mais, cerise sur le gâteau, l'installation qui l'occupe cet été (jusque début septembre, dépêchez-vous !) est articulée à la grande exposition "Préhistoire" qui vaut elle-même le détour : nous l'avons visitée à son ouverture, avec nos deux filles et une amie de notre aînée, un jour de grève de l'école, et ce fut un franc succès ; nous projetons d'ailleurs d'y retourner tant nous avons été enthousiasmés par la beauté des œuvres et par l'intelligente mise en regard de l'art contemporain avec des objets venus du fond des âges (magnifiques et fascinantes "Vénus", notamment) - un concept qui pouvait nous laisser sceptiques au premier abord (et la première salle est un raté qui aurait pu confirmer cet a priori), mais qui se révèle constamment pertinent, tant les œuvres ont été bien choisies. Les filles ont bien aimé la partie sur les dinosaures, avec ses figurines et ses vieux films, et nous avons tous joué avec plaisir à "Préhistoire ou 20e siècle ?" face à un magnifique parterre de sculptures et gravures - il était drôle de voir les filles tomber dans le piège face à un Modigliani, mais aussi de nous tromper nous-mêmes assez souvent ! En bref, une des meilleures expositions que j'ai visitées depuis longtemps.

Dans la Galerie des enfants, même mélange des époques, même concept : la Préhistoire au prisme de la modernité. Plusieurs activités développées par les premiers hommes sont ainsi proposées sous une forme revisitée : les empreintes de main sortent d'une imprimante couleur, les colliers de pâtes remplacent les colliers d'os, les enfants peuvent monter des tipis bariolés avec de grands pans de feutrine, s'essayer à imiter une danseuse filmée dans divers lieux modernes et décalés pour illustrer les principaux mouvements du corps humain, faire de la musique en frappant des tuyaux en métal. Même si l'imprimante est parfois à court d'encre et le fil fourni trop épais pour pouvoir y enfiler certaines pâtes (à chaque visite, c'est nous qui avons réalisé les colliers !), nos filles ont adoré cette installation (nous comptabilisons trois visites à ce jour), bien plus réussie que certaines des précédentes !

Nouveauté de cet été (et, malheureusement, de cet été seulement - attention, jusqu'au 26 août !), le musée de l'Orangerie a installé dans une partie de l'espace habituellement dévolu aux expositions temporaires un "repaire" pour les enfants (officiellement à partir de 6 ans, mais notre cadette de 4 ans y a trouvé de quoi s'occuper, de même que de nombreux adultes !) : ils peuvent y participer à une fresque murale collective en dessinant à la craie dans un décor inspiré d'un grand peintre, inventer les paroles des personnages de quelques tableaux en remplissant des bulles au feutre Velléda, compléter des dessins inspirés de plusieurs toiles du musée (dessins à demander à l'entrée de la pièce à l'animatrice qui n'anime rien du tout) ; des crayons de couleur sont disposés sur quelques tables, où les enfants sont aussi invités à inventer des histoires (mais aucun support ne vient nourrir leur inspiration) ; dans un coin, une petite sélection de livres (vraiment modeste) et deux ou trois coussins invitent à la lecture. L'existence de cet espace est complétée par deux initiatives : des projections de courts-métrages animés (sur les thèmes de l'art, de la musique, de la nature) ont lieu toutes les heures entre 10h et 17h dans l'auditorium voisin ; et vous pouvez réclamer à l'accueil (s'il est ouvert : je suis arrivée juste avant que l'hôtesse ne s'absente, ouf !) un coloriage et un livret - ou plutôt un dépliant, comme au musée d'Orsay, quoiqu'un peu moins encombrant - qui invite les enfants à chercher cinq toiles dans la collection Guillaume et leur propose d'imaginer une histoire autour du tableau avant de leur donner quelques explications sur les liens entre le collectionneur Guillaume et les peintres sélectionnés. Toutes ces initiatives sont louables et méritent d'être saluées : mes filles, comme d'autres enfants, étaient ravies de trouver un coin pour elles dans ce musée que nous avions déjà visité plusieurs fois avec elles.

Mais je dois dire que j'ai été un peu déçue et que seuls les courts-métrages m'ont semblé avoir de l'intérêt, même si certains étaient un peu tristounes. Les "histoires" proposées par le dépliant, très courtes, stimulaient moins l'imagination que l'observation, et s'apparentaient davantage à un commentaire d'image sans fantaisie ; elles étaient expédiées en quelques lignes pour ensuite laisser place aux informations. Un équilibre à mettre en rapport avec l'âge des enfants visés par le dispositif : 6-12 ans, âge scolaire, âge où l'on apprend (enfin). J'ai très souvent déploré que les livrets-jeux pour enfants ne soient proposés qu'à partir de 6 ou 7 ans, c'est-à-dire pour des enfants qui savent lire (comme si un parent ne pouvait leur lire consignes et questions) et qui vont à la "grande école", celle où l'on apprend des leçons d'Histoire ; comme si la découverte de l'art ne pouvait se faire que par le prisme d'une frise temporelle et sous une forme informative, même si le support a des apparences ludiques ; comme s'il n'était pas possible de créer un lien entre la créativité stimulée en maternelle dans des activités d'art plastique, et l'art que l'on découvre dans les musées. Comme si les musées devaient être aux yeux des enfants une institution comparable à l'école (dans une vision de l'école un peu "rétro", d'ailleurs), et non un lieu de liberté et d'imagination. Le modèle de l'école était d'ailleurs flagrant dans le "repaire de Lily" : coin lecture comme dans la plupart des classes, craies et feutres Vellédas côté matériel, et des consignes strictes sur chaque table (ne pas laisser ses dessins sur la table en partant, et bien replacer les crayons, qui sont même classés par taille !). Rien à voir avec le désordre créatif qui règne dans les divers "labs" et autres espaces de création que nous avons visités au Danemark ou en Norvège (grandes tables, éviers et tabliers tâchés de peinture, créations disposées partout, façon caverne des Mille et une nuits) - même le "lab" désert de la fondation Henie-Onstad à Oslo (article à venir), qui ne s'anime que le dimanche, portait la trace des créations précédentes (tâches de peinture, crayons en vrac et constructions en Kapla) et semblait être resté dans l'état où l'avait laissé une joyeuse bande de petits artistes. A l'Orangerie, pas question de désordre, encore moins de tâches de peinture : l'animatrice, qui se contentait de surveiller et de ranger, avait gardé les feutres pour elle ! A 17h30 (30 minutes avant la fermeture), elle avait déjà effacé la fresque et les dialogues, et il n'était pas question d'esquisser un nouveau dessin à la craie. Pour qu'un tel espace soit réussi, il faut qu'il soit véritablement animé par une personne qui stimule la créativité des enfants, et ne se contente pas d'être un distributeur de coloriages ! Il faut accepter le désordre, voire le bruit, bref la vie ! Il faut proposer aux enfants autre chose que ce qu'ils peuvent faire chez eux, ou au moins réinventer ces activités traditionnelles ou les articuler à ce qu'ils ont vu dans le musée (je crains que la fresque murale, par exemple, n'ait pas évoqué la moindre œuvre d'art aux enfants présents). Bref il faut encadrer un tel espace non pour le maintenir propre et rangé, mais pour dynamiser les activités proposées, alimenter la créativité des enfants, leur faire voir autre chose (sculpter l'argile au Louisiana, c'était quand même autre chose que de dessiner une robe à un personnage de Matisse !). Bref, l'initiative est assez rare en France (ou du moins dans les grands musées parisiens, paresseux en ce qui concerne l'accueil des enfants) pour qu'on l'applaudisse mais j'aurais aimé que ses instigateurs fasse preuve d'un peu plus d'imagination et de fantaisie, et s'adressent davantage à la créativité des enfants, quel que soit leur âge.

La France a encore beaucoup de progrès à faire pour l'éducation à l'art des enfants (il ne faudrait pas d'ailleurs parler d'éducation, mais plutôt de découverte, pour se libérer du modèle scolaire encore trop présent), même si les visites contées et autres ateliers fleurissent de plus en plus, parfois pour de très jeunes enfants (à la Fondation Louis-Vuitton, par exemple). A signaler, des efforts du côté du musée d'Orsay aussi, du moins sur le papier (et en ligne), avec un comptoir jeunesse mis en place dans le musée (pas encore testé pour vous), et surtout un tarif réduit "Enfant et compagnie" (11 euros au lieu de 14 pour deux adultes accompagnant un enfant de moins de 18 ans, c'est une petite réduction, mais c'est un début !) comme il devrait en exister dans tous les musées pour motiver les parents (et que le musée soit moins cher que le cinéma pour les familles !). A découvrir aussi (pour les jours de pluie ou de paresse) : les "promenades imaginaires" du Musée d'Orsay, podcasts proposant des histoires inspirées de tableaux, ou plutôt des monologues intérieurs de personnages du tableau ou de son décor (le chat d'un tableau de Renoir, la grande sœur d'un bébé peint par Berthe Morizot) ; notre aînée a bien aimé les écouter en regardant le tableau correspondant sur la tablette de son père, mais le caractère décousu du monologue intérieur, combiné aux informations généalogiques et mondaines sur les personnages du tableau et sur l'artiste, ont empêché notre cadette (4 ans) de rester attentive pendant les dix minutes d'écoute. Là encore j'ai été frappée par le manque de fantaisie des deux récits que mes filles ont écoutés : trop de realia, qu'il s'agisse d'identifier les personnages du tableau (fille de, nièce de…) ou de décrire leur ressenti (fillette chamboulée par la naissance d'une petite sœur ou inquiète car son papa est malade). Mais la douceur des voix des lecteurs s'accorde bien avec celle des toiles, et ces lectures ont offert un temps de rêverie calme à notre aînée.

Mais il y a encore du travail en direction de la toute petite enfance : des supports de visite devraient être créés pour les tout-petits et les classes de maternelle devraient toutes aller se promener dans un musée - se promener, et non visiter, pour que le musée soit pensé comme un espace ouvert et libre, davantage comme un parc que comme une école. Ainsi on pourrait articuler découverte de l'art et développement de la créativité. Et aller au musée avec des enfants, avec ou sans activité ludique, ne semblerait plus incongru. Car vous pouvez aussi faire le pari d'une visite de musée traditionnelle, sans support ni activité ludique ! Nous avons testé in extremis l'exposition sur les Hittites ("Royaumes oubliés. De l'empire hittite aux Araméens") du musée du Louvre (malheureusement terminée depuis le 12 août), et nos filles ont vraiment apprécié, tant les objets étaient beaux : elles n'ont certes rien "appris", mais elles en ont pris plein les yeux, et c'est bien l'essentiel !


Centre Pompidou : "Préhistoire. Une énigme moderne", jusqu'au 16 septembre 2019 ; "La fin du paléolithique" (Galerie des enfants), jusqu'au 2 septembre 2019, gratuit pour les enfants accompagnés d'un adulte muni d'un billet d'entrée dans le musée.

Musée de l'Orangerie - le repaire de Lily, du 3 juillet au 26 août 2019 : gratuit (avec un billet du musée : 9 euros pour les adultes, gratuit pour les moins de 18 ans), sans réservation, aux horaires du musée (tous les jours sauf mardi, 9h-18h), niveau -2 ; activités en français et en anglais.
Attention : fermeture des salles de la collection Walter-Guillaume du 4 septembre 2019 au 31 mars 2020 (tarif réduit en conséquence).

Les petits M'O du Musée d'Orsay : 9 promenades imaginaires à écouter en observant le tableau (sur son ordinateur ou dans le musée).

jeudi 17 août 2017

Tous visiteurs

(Mac Val - exposition "Tous des sangs mêlés" et présentation de la collection)

Il y a longtemps que je projette de vous parler du Mac Val, un musée qui me tient beaucoup à cœur, pour de multiples raisons : c'est le musée qui m'a appris à aimer l'art contemporain et ses musées, avec leurs larges espaces, ouverts vers l'extérieur ; c'est aussi un musée "de proximité", installé dans une ville de banlieue proche, de profil "populaire" (Vitry-sur-Seine), avec l'objectif de faire venir l'art à la rencontre des visiteurs ; c'est enfin un musée familial, par bien des aspects. Un musée où nous avons des souvenirs ensemble, et avec d'autres, des souvenirs qui ne se limitent pas aux œuvres : notre aînée y a fait ses premiers pas, et je me souviens des goûters pris dans le jardin de sculptures, agréable atout du musée ; elle y a aussi fait un plongeon dans la mare aux canards qui restera dans les annales familiales (une fois séchée et changée, elle avait tout même fait un tour de musée, et oublié sa frayeur face aux œuvres) ; aujourd'hui, elle salue le Chat géant du jardin comme une vieille connaissance, et notre cadette a fait coucou aux "canards" en balade sous la pluie lors de notre dernière visite. Nous y avons emmené un copain (et un tour de manège unique sur l'œuvre installée alors, un manège de fauteuils vintage), les grands-parents... Nous nous y sentons chez nous. Il faut dire que l'équipe du musée accueille chaleureusement les visiteurs, même très jeunes - nos filles reçoivent toujours un sourire et un petit mot gentil, et jamais aucune recommandation méfiante les incitant à bien se tenir. Pour certaines expositions, un petit livret est distribué pour les enfants (parfois un peu difficile pour les plus jeunes, il peut toutefois servir de support à la discussion avec les parents). Les œuvres, elles aussi, interpellent les plus jeunes par leur caractère ludique : je me souviendrai toujours de l'air amusé et du bras tendu de mon aînée, alors qu'elle n'avait pas un an, devant des mannequins accrochés la tête en bas, les cheveux pendants. C'était sans doute sa première réaction face à une œuvre d'art, et je dois avouer qu'elle a ému mon cœur de mère prompte à être fière de sa progéniture.

Vous comprendrez aisément pourquoi nous revenons souvent au Mac Val - si je ne vous ai pas parlé plus tôt, c'est par manque de temps (un musée poussant l'autre), et non d'intérêt pour ce lieu que l'on a chaque fois plaisir à redécouvrir. Car, outre les expositions temporaires qui sont accueillies dans un espace dédié, grande salle modulable qui change de visage à chaque exposition, l'espace d'exposition permanente est lui aussi soumis au changement, puisque les œuvres du fond y "tournent" régulièrement. Ainsi, lors de notre dernière visite, presque toutes les œuvres que nous avons découvertes nous étaient inconnues - et le Varini qui nous sert de repère dans la première salle (nous retrouvons tout de suite le point depuis lequel les stickers rouges forment des cercles) avait été temporairement retiré, Chen Zhen jugeant l'œuvre peu compatible avec la sienne, une table ronde géante et des chaises non assorties, installées dans cette même salle à l'occasion de l'exposition temporaire. Une œuvre qui constitue une bonne introduction à cette exposition intitulée "Tous des sangs mêlés", puisqu'elle mêle divers thèmes abordés par cette belle et riche exposition : le métissage, l'Histoire et la légende, la cohabitation et la différence et peut-être aussi l'errance, le voyage, la quête d'une terre promise.

Dans la grande salle attenante, organisée cette fois comme un espace lumineux et peu cloisonné (cette salle, nous l'avons vue tantôt dans l'obscurité, tantôt cloisonnée, envahie d'écrans ou d'installations lumineuses, et il nous semble que ce n'est jamais la même), les œuvres très variées nous parlent en effet de la question de l'identité nationale, de ses ambiguïtés, de ses mensonges (ceux attachés à la bataille de Fort Alamo, qui occultent la place des afro-américains et des américains d'origine mexicaine), de ses clichés : ainsi de Nina Esber, qui s'est photographiée 42 fois avec la même robe, seules sa coiffure et sa pose se modifiant, chaque cliché (mot ô combien approprié) étant assorti d'une question portant sur la nationalité de l'artiste ainsi "métamorphosée" ("Marocaine?", "Mexicaine?" etc.). Si la plupart des documentaires vidéos sont dans une langue étrangère (mais sous-titrés), et de ce fait peu accessibles aux enfants (ce qui n'est pas toujours à regretter, certains propos étant parfois assez durs), plusieurs œuvres peuvent interpeler les enfants et leur être aisément expliquées : la bascule occupée par deux hommes aux costumes multiculturels et dont les têtes sont des globes les amusera (attention à la tentation de monter dessus !) ; la Marianne en pièces détachées, dans sa caisse estampillée "fragile", a quelque-chose du puzzle, et il est intrigant de découvrir les lettres sous un apparent dessin de fil de fer barbelé. On pourra aussi tout simplement être ému par la beauté de certaines photographies, ou par cet arbre morcelé en plusieurs cadres. Même si certaines expositions temporaires nous auront laissé des souvenirs plus durables, "Tous des sangs mêlés" nous a plu à tous les quatre, et s'avère riche en découvertes.

Après l'exposition temporaire, commence le parcours dans les collections, actuellement intitulé "Sans réserve" (titre énigmatique et, je trouve, peu éclairé par les documents de visite, qui expliquent l'axe choisi pour cet accrochage : la propension des œuvres à raconter). Là aussi, la diversité des œuvres et des supports, mais aussi leur ludisme, séduisent d'autant plus qu'ils agissent dans un espace que l'on parcourt librement, ouvert vers l'extérieur du jardin, et 100% praticable en poussette (une rampe, très appréciée par les parents comme par les enfants, permet de monter au 1er étage, l'ascenseur étant idéal pour redescendre). Parmi nos coups de cœur ou de curiosité : Si les heures m'étaient comptées, film d'Angelika Markul créé à partir d'archives d'une expédition scientifique dans la grotte de cristaux de la mine de Naica (Mexique), et qui propulse le visiteur dans un monde fantasmagorique, inquiétant et fascinant, qui semble fait de glace et dont on se demande s'il est bien réel ; les scientifiques paraissent des cosmonautes échoués dans l'arctique ou enfermés dans une grotte lunaire ; Composition for Two Pianos and an Empty Concert Hall d'Oliver Beer (le chant de deux enfants fait vibrer les cordes de pianos installés dans une salle de concert quasi vide - car elles font vibrer aussi les cordes invisibles de l'unique spectateur, filmé en gros plan) ; les petites portes entrebâillées et lumineuses, pile à hauteur d'enfant, de Polder de Tatiana Trouvé ; ou encore le bateau fantastique intitulé Twice Upon a Time. Ce dernier appartient à un ensemble qui occupe le deuxième étage, où cohabitent plusieurs installations lumineuses : cet espace illustre à merveille le talent des équipes du Mac Val pour créer une cohérence avec les œuvres qu'ils exposent et donner au visiteur l'impression qu'il suit un fil - sentiment qui m'a toujours frappée, quel que soit l'accrochage.

Ce choix d'un fil directeur et cette capacité à composer des ensemble d'œuvres qui semblent se répondent contribuent à faire de la visite du Mac Val une promenade plus qu'une visite de musée : promenade libre, dans un espace ouvert, et qui se prolonge tout naturellement dans le jardin, où l'on peut s'arrêter pour lire, goûter, bronzer au milieu des sculptures et des bosquets (et écouter une œuvre sonore diffusée au pied d'un arbre à l'occasion de l'exposition "Tous des sangs mêlés"). Si nous n'avons pas eu cette chance lors de notre dernière visite, marquée par des trombes d'eau, nous y avons tout de même fait une rapide virée pour découvrir une nouvelle installation, Panorama, projection vidéo de Christian Boltanski dans une sorte de maison de brique rouge imaginée par deux architectes chiliens. S'asseoir là, écouter la pluie tomber tout en entendant tinter dans le vent les clochettes japonaises que Boltanski a accrochées dans le désert chilien, c'est un peu comme se trouver hors du temps quelques minutes ; même nos filles se sont laissées prendre par la poésie du lieu - avant de repartir en courant sous la pluie battante ! Une promenade au sec réussie !


Mac Val : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h en semaine, de 12h à 19h les week-end et jours fériés (fermetures les 1er janvier, 1er mai, 15 août, 25 décembre).

Tarifs : 5 euros ; 2,5 euros pour les enseignants, les seniors et les groupes de 10 personnes et plus ; gratuit pour les moins de 26 ans et les étudiants, notamment. Entrée gratuite le premier dimanche de chaque mois.

Un audioguide est fourni gratuitement. Une visite gratuite est proposée tous les mercredis à 15h, tous les week-end à 16h. Nous n'avons testé ni l'un ni l'autre. D'autres visites, ateliers et événements sont organisés régulièrement autour des expositions.

"Tous des sangs mêlés" : exposition collective, du 22 avril au 3 septembre 2017.
"Sans réserve": 8e présentation des œuvres de la collection, à partir de juin 2017. Chaque "parcours" est accroché environ 18 mois.

lundi 1 mai 2017

Musée hanté

(Musée du quai Branly - Visite contée "Devins et sorciers")


Pour notre seconde visite en famille au musée du Quai Branly, où nous devions retrouver une amie et ses deux fils de 5 et 7 ans, nous avons opté pour une visite guidée avec une conteuse, sur le thème des devins, shamans et sorciers (visite estampillée "à partir de 6 ans", mais qui m'a semblé adaptée à ma fille et à son copain de 5 ans - la cadette faisait un tour en poussette avec son père pendant ce temps). Ce fut un beau moment, pour les enfants comme pour les parents - personnellement je me suis sentie happée par la voix de la conteuse et, comme l'a dit l'aîné de mon amie alors que nous sortions du musée, dix minutes - un quart d'heure après la fin de la visite, "on est encore dans les histoires". Car notre guide avait un certain talent pour conter, mais aussi pour créer une atmosphère.

Elle a commencé dès le point de rendez-vous au sous-sol, avant même que nous commencions à nous diriger vers le musée. Après une rapide présentation du Quai Branly sous forme de questions-réponses, elle nous a "préparés" au conte avec une petite gymnastique (se dégourdir les oreilles etc.), suivie d'une chanson accompagnée d'une gestuelle, petit rituel que nous avons répété à chaque transition de la visite. Puis c'est sur le mode du jeu et du mystère tout à la fois que nous sommes entrés dans le musée : la rivière de mots qui flotte sur le sol de la rampe qui mène aux collections permanentes est devenue pour nous la mer qui sépare le monde visible du monde invisible, et les enfants (et les parents mais... chut !) se sont bien pris au jeu de ne marcher que sur la rivière, suivant ses méandres en évitant de poser le pied dans le monde invisible. Dernière étape de la création de l'atmosphère, la présentation, comme en passant, d'un long morceau de bois exposé au sol et visible à travers une vitrine comme un long serpent endormi, qui pourrait bien se réveiller - et qui, comme les autres objets du musée, raconte des histoires.

La conteuse a en effet présenté d'emblée les objets du musée comme les sources de ses histoires : c'est eux qui lui les racontent, quand elle vient les écouter, la nuit, dans le musée. Pourtant, et c'est un des bémols que je mettrais à cette visite contée, seuls deux objets serviront de point de départ aux histoires de cette visite contée, qui relève bien plus du conte que de la visite : la première histoire, racontée "pour les parents" (un mythe de la création associé à une histoire d'enfantement divin, qui reprenait le thème de la traversée de la rivière évoqué par notre montée sur la rivière de mots), le fut à l'entrée des collections, sans autre support que la parole, certes très évocatrice, de la conteuse ; le musée fut ensuite parcouru à toute vitesse pour aller d'un point de conte à un autre, ce qui peut s'avérer frustrant pour les enfants qui ne l'ont jamais visité (prévoir un petit tour libre dans le musée, avant ou après les contes). Car les deux contes destinés aux enfants furent l'occasion de longues stations assises dans un recoin du musée (dans les deux cas, un espace relativement restreint, un peu à l'écart des grandes allées - peut-être à dessein). Deux stations qui nous ont fait voyagé par l'imagination, grâce à deux histoires magnifiquement contées (deux histoires de démons, et non de sorciers, d'ailleurs), mais qui ne nous ont rien appris des objets qui leur servaient de support (je ne suis même pas sûre qu'il y avait un lien entre le premier objet - un costume de démon utilisé dans les cortèges de diables et d'anges dans la Cordillère des Andes - et le premier conte qui, lui, venait du Cap Vert et du Brésil). Car le parti pris de notre guide était celui de l'imagination, et non de la pédagogie. Ce qui n'était pas désagréable, et a semblé plaire aux enfants. Mais qui, en tant qu'adulte, m'a laissée un peu sur ma faim : j'aurais aimé savoir d'où venait chaque histoire, précisément, et ce qu'était chaque objet - sans avoir à lire le panneau explicatif.

Finalement, je me suis demandé si les objets étaient vraiment nécessaires (puisqu'ils étaient fort peu exploités, presque comme les illustrations d'un album), et ce qui distinguait cette visite contée d'une séance de contes dans un tout autre espace (théâtre, médiathèque). C'est un peu dommage de ne pas exploiter davantage cette mine inépuisable qu'est le musée du quai Branly (même si ce n'est pas mon musée préféré, j'y reviendrai). Mais peut-être était-ce un choix personnel de la conteuse ? Je me souviens que lors d'une précédente visite, nous avions croisé (et un peu suivi) une visite contée au fonctionnement bien différent : la conteuse, tout aussi passionnante, changeait fréquemment de vitrine et d'objet au fil de son histoire (tout en restant dans une zone bien délimitée). Ce souvenir d'une visite que nous aurions aimé suivre du début à la fin (et pas en clandestins) est peut-être aussi responsable de ma légère déception. Car je dois reconnaître que notre conteuse était captivante (quoique parfois légèrement confuse ou imprécise) et que les enfants ont apprécié. Avoir traversé le musée avec elle leur a donné envie de l'explorer ensuite (ce qui n'est malheureusement pas si facile, mais ce sera l'objet d'un autre billet). Quand nous y avons fait un petit tour en visite libre, ils semblaient encore baigner dans l'atmosphère de mystère qu'elle avait créée (surtout le plus grand). Ses histoires de démons les ont impressionnés aussi, je crois, mais n'ont pas paru les effrayer durablement - elle a très bien exploité le plaisir que les enfants ont à se faire peur.

À noter enfin que l'accueil des enfants au musée du quai Branly est plus que satisfaisant : aucun regard négatif, mais des sourires, au contraire, même pour notre cadette mise en liberté ; les livrets de visite destinés aux enfants sont en libre accès dans des présentoirs juste à l'entrée (peut-être pas extrêmement visibles au premier regard), et des versions dans diverses langues sont proposées au guichet de l'accueil. De nombreuses activités sont proposées : visites guidées et contées des expositions permanentes et temporaires, ateliers pour divers tranches d'âge - se reporter à l'agenda sur le site du musée, pas très pratique pour qui cherche des détails sur l'offre destinée aux familles. Un manque d'information regrettable : après la visite contée, nous avons rempli un petit questionnaire de satisfaction qui nous interrogeait également sur ce que nous savions de l'offre destinée aux familles et aux enfants. Je n'avais aucune idée de certains programmes de fidélisation, qui ne sont pas clairement présentés sur le site. Et comme le questionnaire ne laissait pas la possibilité de donner son mail pour recevoir les informations éventuellement désirées, je reste toujours dans l'ignorance (1)... Tant de bonne volonté vis-à-vis des enfants et si peu de communication avec les parents (pour qui les visites sont, de plus, un peu chères, je trouve), c'est un peu du gâchis !


(1) Après avoir fouillé sur le site, voici ce que je découvre : vous pouvez demander à l'accueil un "Passeport d'aventurier" pour votre enfant, à faire tamponner à chaque visite ; au bout de 3 tampons, vous gagnez un cadeau d'aventurier (?) pour votre bambin, et le droit de bénéficier d'un tarif réduit sur le Pass Duo+ (accès illimité au musée pendant 1 an, pour le titulaire et l'invité de son choix, réductions sur les activités ; tarif plein 60 euros - tarif réduit non précisé). Pourquoi ne pas avoir inventé un pass "famille", accessible à un tarif plus intéressant dès la première visite ? J'ajoute qu'après deux visites avec nos filles, nous ne nous sommes jamais vus proposer ce "Passeport". Encore une fois, le défaut d'information annule la bonne volonté.


Musée du quai Branly - Jacques Chirac : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 11h à 19h (mardi, mercredi, dimanche) ou 21h (jeudi, vendredi, samedi) ; ouvert les lundis pendant les vacances scolaires (toutes zones confondues ; vacances d'été exclues). Tarifs : 10 euros pour les collections permanentes ou l'exposition temporaire de la Galerie jardin (billet jumelé : 12 euros) ; tarif réduit 7 euros (9 pour le billet jumelé) ; gratuit pour les moins de 25 ans (moins de 18 pour les expositions temporaires).
Visites guidées ou contées, ateliers enfants ou familles : 8 euros (auxquels il faut ajouter, pour les visites, le prix d'entrée dans le musée, donc 18 euros) ; tarif réduit (moins de 26 ans, familles nombreuses, pass' éducation) 6 euros.

dimanche 19 mars 2017

L'âge de l'impressionnisme


(Musée de l'Orangerie ; Musée d'Orsay)


Il n'y a pas d'âge pour aller au musée - vous le savez, c'est mon credo. Pour autant, je ne suis pas idéaliste au point de penser qu'on peut emmener n'importe-quel enfant, de n'importe-quel âge, dans n'importe-quel musée ou exposition. Il y a des œuvres inadaptées aux yeux innocents. Il y a aussi des accrochages hors du regard, soit parce que les toiles sont petites, soit parce qu'on n'a pas pensé aux plus jeunes (et aux épaules de leurs parents), il y a des décors oppressants et des salles bondées où l'on craint de voir son enfant écrasé - toutes circonstances contre lesquelles je peste d'ailleurs... Mais, sorti de cela, je trouve dommage que l'on se censure en pensant qu'un enfant est trop jeune, qu'il ne va pas comprendre, pas savoir - car j'ai souvent l'impression qu'avant 6-7 ans, c'est-à-dire avant l'âge de la lecture et des "leçons", l'enfant n'est pas un visiteur naturel et attendu. Forts de ce principe, nous ne nous sommes laissés intimider ni par la taille des musées (Louvre, Orsay, mais aussi Reina Sofia ou Prado à Madrid) ni par les époques ou les styles (Antiquités du Louvre, peinture italienne à Venise, ou très contemporaine au MacVal et ailleurs). Depuis son plus jeune âge, notre aînée a découvert Dali et Niki de Saint Phalle, Magritte et le Douanier Rousseau, Léonard de Vinci et Fromanger... Bref elle est habituée à toutes sortes d'œuvres, elle se montre prête à s'y intéresser - notre but n'étant pas de la transformer en encyclopédie de l'histoire de l'art (elle n'a évidemment pas retenu tous ces noms d'artistes, et ce n'est même pas sûr que nous les ayons systématiquement nommés devant elle), mais d'ouvrir sa curiosité et de faire du musée un lieu familier et tout sauf intimidant à ses yeux.

Il n'en reste pas moins que, dans nos visites, il y eut des réussites et des flops, des coups de cœur et des instants d'indifférence. Affaire d'humeur, de goût ou d'âge ? C'est la question que je m'étais posée lors de notre première visite au musée d'Orsay, il y a deux ans environ. Alors que les sculptures du Louvre ou les objets des Arts décoratifs éveillaient sa curiosité, paysages et natures mortes avaient semblé ne pas la toucher. Nous avions beau la guider à travers la galerie des impressionnistes pour lui montrer nos toiles préférées, et attirer son attention sur tel ou tel détail susceptible de l'étonner ou de la séduire, elle avait très peu réagi (pas plus négativement que positivement d'ailleurs). J'avais envisagé une explication que motivait son goût pour les histoires : il était plus difficile de trouver à raconter autour des toiles des impressionnistes, alors que les mythes ou la Bible nourrissaient habituellement nos visites. C'est là la modernité des impressionnistes : leurs personnages n'ont pas d'histoire autre qu'intime, et leurs paysages suscitent, davantage que la curiosité, souvenirs d'émotions et sensibilité personnelle - de l'impalpable difficile à transmettre (à moins de tomber dans un cours d'histoire de l'art, ce qui n'est jamais notre but). Mis à part le Déjeuner sur l'herbe, où nous avions pu lui faire repérer la nudité incongrue du personnage féminin, qui l'avait un peu amusée, nous avions eu le sentiment qu'elle n'avait pas de goût pour l'impressionnisme.

Deux ans plus tard, pourtant, la voilà qui affirme "j'adore les impressionnistes", et qui réclame un poster des Nymphéas dans sa chambre ! Qu'est-ce qui explique ce revirement ? Plus de maturité ?Sans doute. D'autres lieux que le musée d'Orsay ? Probablement aussi. Car avant d'y retourner, nous avons (re)découvert avec elle et sa sœur deux hauts lieux de l'impressionnisme, aux dimensions moins intimidantes, aux décors plus intimes. Il y eut d'abord cette visite au musée Marmottan : après l'exposition noire de monde "L'art et l'enfant", nous avions pu apprécier le calme relatif et la blancheur reposante des salles Monet, et notre aînée avait jeté un œil distrait sur Impression soleil levant ou Le train dans la neige - même si elle s'était surtout amusée à retrouver les toiles reproduites dans le petit dépliant du musée... avant d'aller s'ébattre dans le bac à sable du jardin du Ranelagh !

C'est à deux pas du manège et des toboggans d'un autre jardin - celui des Tuileries - qu'un même décor de vastes salles vastes aux courbes blanches accueille au Musée de l'Orangerie les grandes toiles des Nymphéas de Monet - et c'est là qu'eut lieu le véritable coup de foudre. Notre grande a été sensible à l'atmosphère de paix créée par ces toiles immenses, qui semblent enrober le visiteur comme dans un cocon de verdure, et le projeter dans un jardin rêvé. Nous avons fait plusieurs voyages entre les deux grandes salles oblongues, comparant, identifiant les heures, repérant les jeux de matière, découvrant la confusion entre la nature et son reflet dans le bassin. Elle semblait touchée, enthousiaste - un vrai beau moment ! Qui s'est agréablement prolongé dans les salles du sous-sol du musée, qui n'ont pas à rougir face aux grandes salles des Nymphéas : présentant la collection Jean Walter-Paul Guillaume (constituée par le marchand d'art Jean Guillaume dans le premier tiers du xxe siècle, elle fut remaniée et enrichie par sa veuve, qui voulut y associer le nom de son second époux, Jean Walter, lorsqu'elle la vendit à l'État français), elles comptent non seulement une impressionnante collection de Renoir, Monet et Cézanne, mais aussi des Modigliani, Derain, Matisse, Picasso, Soutine, etc. Une riche collection, qui a éveillé le sens de l'observation de notre fille : nous avons joué à comparer les poses, les expressions et les styles de nus de Picasso et de Derain, elle a remarqué les regards songeurs des yeux mi-clos des portraits de Modigliani, et l'aspect torturé, mi-triste, mi-effrayant, des paysages comme des portraits de Soutine. Ces salles, d'une taille raisonnable mais d'une grande richesse, offrent donc une belle introduction à l'art de la fin du xixe siècle et du début du xxe. Et même si aucun livret n'est prévu pour les enfants, des ascenseurs permettent de circuler aisément avec une poussette, et l'accueil aux familles est chaleureux - ce qui ne gâche rien !

C'est donc avec enthousiasme que notre aînée a accueilli l'annonce d'une nouvelle visite au musée d'Orsay quelques jours plus tard : "moi, j'adore l'impressionnisme !" Et sans snober les danseuses de Degas, elle s'est montrée sensible aux paysages, aux jeux de lumière et de couleur sur La cathédrale de Rouen, ou sur les Meules de Monet, au vent qui souffle dans les étoles de la Femme à l'ombrelle tournée vers la droite et de sa voisine tournée vers la gauche. Elle a bien sûr été heureuse de retrouver d'autres nymphéas et, si elle n'a pas refusé quelques explications techniques sur le repassage à l'époque de Degas ou sur les Raboteurs de parquet de Caillebotte, ce sont surtout les paysages qui l'ont attirée ce jour-là. Et la voilà qui nous livre une autre explication de ce soudain goût pour l'impressionnisme : parlant des paysages qu'elle dessine elle-même (nouvelle période, récemment engagée, dans sa création artistique), et notamment de ceux qu'elle a peint lors d'une journée "à la campagne" avec le centre de loisir, elle a affirmé à son père "moi aussi, je fais de l'impressionnisme" !



Musée de l'Orangerie : ouvert tous les jours sauf mardi de 9h à 18h ; tarif plein 9 euros, réduit 6,50 euros, gratuit pour les moins de 25 ans (18 si hors UE) et pour les titulaires de la carte blanche du Musée d'Orsay ; gratuit pour tous le premier dimanche de chaque mois. Circulation très facile en poussette grâce aux ascenseurs. Promenade aux Tuileries (manège, jeux) dans la foulée !

Musée d'Orsay : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 9h30 à 18h (21h45 le jeudi). Tarifs : 12 euros ; tarif réduit 9 euros (pour tous à partir de 16h30 - 18h le jeudi) ; gratuit pour les moins de 18 ans (moins de 25 si résident de l'UE). Deux cafés à l'intérieur.

mardi 1 novembre 2016

Tournez musée !

(Musée des arts forains)


Vous êtes nostalgiques des fêtes foraines du bon vieux temps, des chamboule-tout et des barbes-à-papa ? Vos enfants sont fous de manèges et réclament de partir en voyage sur chaque carrousel qui croise votre route ? Alors prenez vos tickets pour un tour dans l'univers merveilleux, musical et lumineux du Musée des Arts forains, cis dans les Pavillons de Bercy, juste derrière les boutiques de Bercy-Village.

Nous hésitions à nous y rendre, malgré des échos très favorables, d'une part parce que nous craignions d'avoir à gérer la frustration de notre aînée face à des manèges sur lesquels elle n'aurait pas pu monter, et surtout parce que la visite guidée imposée nous semblait peu compatible avec le rythme de notre cadette et son goût pour l'indépendance. Mais quand nous avons appris que cette contrainte se trouvait levée lors des Journées du Patrimoine (c'est le cas aussi pendant le Festival du Merveilleux, si vous avez envie de tester la formule à l'époque de Noël), nous n'avons pas hésité. Quant à la frustration, nous n'avons pas eu à nous en soucier : chaque entrée donne droit à un ticket pour un tour de manège ; nous étions trois adultes (une copine de notre aînée nous accompagnait avec sa mère) et trois enfants, dont notre petite qui ne fait pas encore de manège, ce qui faisait donc trois tours de manèges pour chacune des deux grandes - royal !

Sachez cependant que les adultes ne manquent pas d'occasion de dépenser leurs tickets s'ils le souhaitent (et j'en ai vu beaucoup, et  de tous âges, qui ne se privaient pas de le faire) : ils peuvent soit pédaler sur un vertigineux manège de vélos dont la vitesse semble dépendre du coup de pédale de ses occupants, soit faire courir chevaux ou serveurs en faisant preuve d'adresse au lancer, dans les classiques courses du Palio ou des garçons de café. Même s'ils n'entrent pas dans le jeu, les adultes pourront apprécier l'atmosphère à la fois festive et mystérieuse du musée. Et surtout son décor : automates humains et animaux, orgues limonaires, panneaux peints où glisser sa tête pour devenir soldat ou bébé grognon, tirs à la carabine, miroirs déformants, tout le décor de la bonne vieille fête foraine est réuni dans les grandes salles du musée ainsi que dans son jardin-cour intérieure. Sans oublier, bien sûr, les manèges ; les deux filles ont pu tester les trois qui leur étaient accessibles : un beau carrousel traditionnel, un plus petit manège qui combinait animaux et carrosses, enfin, à l'extérieur, un autre réunissant bateaux, voitures et autres véhicules habituels. Les enfants sont bien entendu ravis, mais ce ne sont pas au fond les manèges qui sont l'essentiel du musée.

Le décor et l'ambiance font bien plus que deux ou trois manèges. Tout scintille, amuse, intrigue - comme cet horoscope qui semblait fonctionner sur le principe de la roulette et devait reposer sur des projections que nous n'avons pas eu l'occasion de voir (peut-être lors d'une prochaine visite !). Car il y avait beaucoup à voir en ces journées du Patrimoine : spectacle de clown, marionnettes géantes, danse et acrobaties aériennes, concert des automates de la Sérénissime, virtuoses interprètes des grands airs d'opéra, numéro de claquettes dans la salle de bal ambulante (le Magic Mirror, installé à l'extérieur), de multiples animations étaient proposées au public très nombreux - sans que l'on ait jamais l'impression de se marcher dessus, tant l'espace du musée est vaste - et l'après-midi est passée à toute vitesse. Les deux grandes étaient ravies, et la petite a tout observé de sa poussette, sans jamais réclamer à en sortir, signe qu'il y avait bien assez de choses à regarder autour d'elle pour qu'elle pense à se plaindre ! Bref, un musée inhabituel mais bien propre à plaire à tous les âges - pour peu que l'on ait gardé un peu de son âme d'enfant.


Accessible toute l'année sur réservation pour des visites guidées (sauf pour les Journées Européennes du Patrimoine et le Festival du Merveilleux - qui a lieu pendant les fêtes de fin d'année).
Réservation possible en ligne sur http://arts-forains.com/index.php?pages=billetterie
Durée de la visite : 1h30.
Tarifs : 16€ (adulte), 8€ (de 4 à 11 ans) ; gratuit pour les moins de 4 ans.

Tarifs pendant les Journées Européennes du Patrimoine : 8€ (adulte) ; 5€ (de 4 à 18 ans) ; gratuit pour les moins de 4 ans. Un ticket attraction offert pour chaque entrée.
Tarifs pendant le Festival du Merveilleux : 14€ (adulte) ; 6€ (de 2 à 11 ans) ; gratuit pour les moins de 2 ans. Un ticket attraction offert pour chaque entrée.

Pas de parking ni de garage à poussettes (mais les poussettes sont autorisées dans le Musée, qui est tout à fait "circulable").

vendredi 23 septembre 2016

Leçon de guitare (pas si) sommaire



(Musée de la Musique - Atelier "Qui veut jouer avec moi?")


La musique, comme les livres et (vous l'aurez deviné) les musées, tient une place importante dans la vie de mes filles : leur père, qui joue de l'orgue à ses heures perdues, leur en fait écouter de toute sorte, et la grande, inscrite cette année à un cours de danse (une des rares activités possibles à son âge) aime à se déhancher sur Mozart aussi bien que sur la Compagnie créole, entraînant sa petite sœur qui remue déjà énergiquement son popotin. Il n'est donc pas étonnant que, parmi nos musées d'affection, ceux auxquels nous revenons régulièrement, se trouve le Musée de la Musique. Nous avons déjà parcouru à plusieurs reprises son exposition permanente, sans oublier une exposition temporaire et des ateliers pour les enfants - je vous ai déjà raconté la visite que nous avions faite autour du thème des dragons. Nous y sommes retournées au mois de juin, ma grande et moi, pour un nouvel atelier qui est venu couronner une belle après-midi entre filles.

Arrivées tôt, nous avons d'abord fait un petit tour dans l'exposition permanente - sans audioguide, mais avec le livret pour enfants. Lors d'une précédente visite, nous avions testé l'audioguide pour enfants (officiellement à partir de 6 ans, même si les plus petits peuvent en apprécier les extraits musicaux et les explications), très intéressant mais contraignant et peu pratique : le casque, trop grand, glissait des oreilles de notre grande-pas-assez-grande ; de plus, comme il était relié à mon appareil, nous étions liées l'une à l'autre, et ma fille n'était pas libre de ses mouvements - sauf à se retrouver déconnectée. Ces détails pratiques sont regrettables, car ils empêchent de profiter pleinement de l'audioguide, qui offre pourtant un complément auditif agréable, et parfois indispensable, à la partie visuelle de la visite. Ainsi, dans la dernière section du musée, consacrée aux instruments du monde, plusieurs extraits vidéos sont projetés sur des écrans, et l'on ne peut en écouter la bande son que par le biais de l'audioguide : sans le casque, les écrans restent muets, ce qui s'avère plutôt frustrant quand les images montrent des musiciens en action. C'est par cette section que nous avons commencé notre rapide (re)tour dans le musée ce mercredi-là : étant la dernière, elle est aussi celle que nous traversons le plus rapidement, ce qui est bien dommage, car elle est très riche ; elle permet notamment aux enfants de jouer de la sanza, lamellophone africain qui fait partie des cinq points "Touchez la musique" du musée (cinq instruments à manipuler, sans forcément en jouer : une viole de gambe dont on caresse les différents éléments, les morceaux d'un orgue dont on manipule les soufflets et les jeux, une trompette, dont les tuyaux s'allument en fonction des pistons actionnés, un theremin - un peu difficile à maîtriser -, et la sanza, sans doute le plus facile et le plus ludique des cinq).

A défaut de casque, nous avions en main ce jour-là le livret-jeu disponible à l'accueil - il faut le demander, surtout si votre enfant est un peu jeune, car il est plutôt destiné aux visiteurs qui ont sept ans et plus, notamment parce qu'ils sont censés pouvoir lire les cartels. Et de fait, le livret est long, parfois difficile, mais propose des activités variées, parmi lesquelles on peut faire un choix, en fonction des envies, des goûts et du rythme de visite de l'enfant. J'ai choisi une double page concernant les instruments d'Afrique, à relier à leurs régions d'origine ; bien entendu, c'est moi qui ai lu les cartels et les indications sur la carte, mais retrouver les huit instruments dans les deux grandes vitrines de la section africaine a bien occupé ma fille, et lui a permis de mieux observer luths, tambours, trompes et cloches. Puis nous avons parcouru le musée "à l'envers", au gré des envies de l'une et de l'autre. Si l'étage du xxe siècle, un peu technique, un peu abstrait, ne l'a pas arrêtée longtemps, ma fille a voulu revoir l'octobasse, immense contrebasse de presque 4 mètres, qui ne cesse de l'impressionner. Je l'ai emmenée reconnaître, avec le livret comme support, les instruments de l'orchestre du xviiie présentés dans une vitrine, nous avons joué, sur le livret, à retrouver les embouchures et anches des instruments à vent. Au passage, nous avons admiré les harpes, les clavecins, véritables œuvres d'art...

Puis ce fut l'heure de l'atelier. Contrairement à ce qui s'était passé lors de la visite sur les dragons, c'est par la pratique musicale en groupe que notre guide a choisi de commencer. Le thème était censé être celui des familles d'instruments. Pas de leçon formelle, cependant, rien de "scolaire", et je ne crois pas que l'animatrice (qui n'avait rien d'une conférencière, donc, mais savait gérer un groupe d'enfants plus ou moins concentrés) ait jamais prononcé l'expression de "famille d'instruments". Pourtant, les enfants ont appris des tas de choses, en manipulant. Ce qui nous a le plus plu, en effet, dans cette visite-atelier, c'est le nombre d'instruments manipulés en si peu de temps : après le gong, que chaque enfant a fait sonner, nous avons tous eu en mains (les parents aussi, oui) un instrument à percussion, qui un tambourin, qui un djembé. Puis ce fut le tour des maracas, clochettes et autres instruments à agiter. Les cordes, ensuite, ont été déclinées sous plusieurs formes : des guitares, mais aussi une harpe et un violon, qui sont passés de main en main. Tout cela très rapidement, mais sans à peu près : nous avons appris à positionner nos mains sur nos percussions pour produire sons graves et sons aigus, les guitares et violons ont été mis en place correctement entre les mains de chaque enfant, et chaque famille d'instruments nous a donné l'occasion de jouer tous ensemble. La séance, menée de main de maître (mais tout en douceur), s'est terminée sur quelques explications sur l'accordéon, en prévision du concert-démonstration offert ce jour-là dans les salles du musée par une bandonéoniste - instrumentiste très intéressante et agréable à écouter.

Après la pause-concert, nous avons commencé notre visite guidée du musée, avec plusieurs stations intéressantes, nourries d'anecdotes. Notre conférencière avait choisi notamment de s'arrêter devant les pochettes des maîtres à danser du xviie et, après avoir commenté pour les enfants la maquette du château de Versailles et leur avoir parlé des fêtes du roi Soleil éclairées de mille chandelles, après avoir raconté les mésaventures fatales de Lully avec son bâton de maître de danse, elle a allumé son appareil portatif pour faire écouter aux enfants la musique de l'époque, mais surtout pour les faire danser ! Un moment charmant qui les a tous réjouis ! Cette visite, intéressante pour les petits comme pour les grands, jamais bébête, ni trop longue ni trop rapide, car elle reposait sur une petite sélection d'instruments, s'est achevée par un instant d'admiration et d'étonnement devant la toute dernière acquisition du musée, en vitrine alors depuis à peine une semaine : une guitare tortue, sorte d'instrument-bijou qui a fasciné petits et grands.

Visite-atelier « Qui veut jouer avec moi ? » - Tarif : 8 euros (enfant), 10 euros (adulte). Durée : 1h30. Enfants de 4-7 ans.

Agenda Enfants et familles de la Cité de la musique : http://philharmoniedeparis.fr/fr/agenda?public[0]=233&public[1]=234&public[2]=235

Musée de la musique – Tarif : 7 euros ; gratuit pour les moins de 26 ans.
Poussette non acceptée. Le musée prête poussette et/ou porte-bébé.
Pas de « point goûter » à l’intérieur du musée, mais une sortie temporaire est possible ; on peut alors s’installer dans le café de la Philharmonie, ou sur les grandes banquettes du hall.