Affichage des articles dont le libellé est livret-jeu (payant). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est livret-jeu (payant). Afficher tous les articles

jeudi 20 septembre 2018

Noun y es-tu ?

Alternatives ludiques au numérique

Après la publication de mon dernier article, une double frustration s'est immédiatement mise à me tarauder : d'une part, je n'avais pas trouvé de réponse satisfaisante à ma question ("Jouer ou visiter, faut-il choisir?"), ni de recette équilibrée pour un bon usage du numérique dans les musées (si tant est qu'un tel usage existe - mais je ne veux pas totalement y renoncer) ; il me semblait pourtant un tantinet réactionnaire (la suite ne va cependant pas donner de moi l'image d'une prêtresse de la modernité, je le crains) de laisser entendre qu'avec des enfants, il valait mieux se contenter d'une simple contemplation des œuvres exposées, sans fioritures numériques ou ludiques, sans faire le moindre effort, au fond, pour s'adapter aux jeunes visiteurs. J'assume volontiers mon côté "vieux jeu" (après tout, quand on enseigne les Lettres classiques, on est déjà une pièce de musée aux yeux de bien des gens, n'est-ce pas ?), mais j'ai plus de peine à renoncer à l'attention portée aux enfants : il me semble évident qu'il faut s'adapter à eux pour que la visite soit un plaisir pour toute la famille. Cette frustration s'est combinée au sentiment d'avoir manifesté dans mes dernières publications un penchant de plus en plus développé pour la critique - une critique qui s'avérait trop peu constructive à mon goût. C'était bien joli de souligner les défauts de tel dispositif ludique ou numérique proposé par les musées parisiens, tourangeaux ou danois, mais cela semblait fort mal venu de la part de quelqu'un qui n'avait rien à proposer d'autre ! J'ai donc décidé de glisser une dose d'enthousiasme dans ce nouvel article, et de vous parler des "trucs qui marchent (parfois mais pas toujours)", ou plus modestement de nos diverses tentatives pour préparer-animer nos visites de musées avec nos filles.

Les ingrédients de mes recettes sont tout ce qu'il y a de plus rétro (je vous avais prévenus), mais ont l'immense avantage de ne pas prendre beaucoup de place : qui n'a pas toujours sur soi un crayon ou un stylo (la version "maman/papa de choc" prévoyant des mini crayons de couleur, comme on en trouve parfois scotchés aux magazines pour enfants) ? Ajoutez quelques feuilles de papier ou un carnet, et vous aurez de quoi occuper vos bambins dans bien des musées. Voilà une formule que nous avons testée en voyage - nous ne partons plus sans deux carnets à dessin - mais aussi, notamment, au centre Pompidou : nous laissons nos filles s'installer devant l'œuvre qui les inspire et, tandis que l'un de nous deux fait porte-trousse et fournit les crayons au fil de leurs inspirations, l'autre peut s'éloigner le temps de parcourir (tranquille !) quelques salles, quitte à y retourner ensuite tous ensemble ; cette alternance surveillance-visite ménage un peu de temps aux parents sans léser les enfants, ravis de se laisser inspirer par les toiles exposées. Il faut cependant reconnaître que cette formule comporte quelques risques (notamment pour les oreilles) : conseil d'amie, ne vous laissez pas prendre au piège du tout-petit qui vous demande de dessiner pour lui ce qu'il se sent incapable de reproduire lui-même ; si par malheur votre œuvre ne coïncide pas avec ses ambitions (souvent exprimées dans un langage qui lui est personnel), la séance de visite dessinée vire au drame, et vous risquez l'expulsion. Autre condition - indépendante de notre volonté : cette activité toute simple nécessite de l'espace pour que l'enfant puisse s'installer sans se faire piétiner par… euh, pardon, sans gêner les autres visiteurs. Certains musées, certaines expositions temporaires dans des salles trop étriquées ne se prêtent pas du tout à la station assise ; et les gardiens de salles ne voient pas toujours cette activité d'un très bon œil, soucieux qu'ils sont de préserver les pieds des visiteurs adultes (écraser un enfant, c'est tout de même inconfortable)… pardon, je recommence, de préserver la sécurité de tous les visiteurs - lors d'une exposition au musée de l'Orangerie, alors que nous avions installé nos filles dans un angle vide de tableaux, avec juste ce qu'il fallait de recul, mais complètement hors du passage des visiteurs, le gardien nous a gentiment demandé de les faire se lever (oui, oui, gentiment, c'est assez rare pour le signaler) ; comme nous protestions qu'elles ne gênaient personne, il nous a répondu qu'une évacuation d'urgence pourrait s'avérer dangereuse pour elles, en leur faisant risquer d'être piétinées (vous voyez, je n'exagère qu'à peine !).

S'il vous manque un ingrédient pour la recette "dessiner c'est gagné", si vous ne trouvez pas un banc libre pour installer face aux œuvres les mignons popotins (ou leurs carnets - à l'Orangerie, mon aînée a trouvé la posture idéale, à genoux entre les deux courbes du banc ovaloïde qui permet de contempler les Nymphéas), il vous faut donc opter pour la position debout qui est, comme chacun sait, celle du visiteur sérieux, absorbé par les informations historiques ou esthétiques et, bien sûr, par les œuvres, qu'il contemple avant de proférer son avis d'un air inspiré (remonter la main jusqu'au menton vous donnera plus de poids en cet instant), bref, celle d'un adulte venu s'instruire, et non griffonner sur un carnet. Une position qui s'avère également très confortable quand votre enfant a reçu (par miracle!) un petit livret de visite sur lequel il est invité à écrire des réponses voire (ça s'est vu !) à dessiner. Certains musées en proposent de très beaux ou de très bien faits, comme la Cité de la musique, le musée du Quai Branly (attention, il faut penser à le demander à l'accueil !), ou encore la Cité du patrimoine et de l'architecture (mais le livret est payant). Je déplore (vous remarquerez que mon penchant à la critique n'a pas tardé à repointer le bout de son nez) que ces livrets soient encore trop souvent absents (soit parce qu'ils n'existent pas, soit parce qu'ils sont épuisés…) ou invisibles : si on ne les propose pas spontanément aux visiteurs ou si on ne les installe pas en libre accès, bien en vue, c'est comme s'ils n'existaient pas ! Et je regrette aussi que leur usage soit le plus souvent réservé, dans l'esprit des personnels de musées, aux enfants en âge de lire et d'écrire : comme si les visites de musées n'étaient possibles que pour des enfants de 7 ans et plus, comme s'il ne s'agissait que de lieux scolaires, voués à l'apprentissage, et non à la découverte, à la curiosité, à l'émotion artistique, à la promenade. Les plus petits seraient ravis de visiter un musée avec en main un livret qui les guiderait, les inviterait à regarder quelques œuvres, et transformerait l'exposition en jeu de piste ! Mes filles ont régulièrement fait cet usage des dépliants fournis plus spontanément à l'entrée des musées ou expositions, dont ils signalent les incontournables : la visite devient alors un "cherche et trouve" géant, ma grande (6 ans et demi) manifestant toujours la même joie quand elle a trouvé une œuvre reproduite sur ce type de plaquette. Une recette reprise par le musée d'Orsay, qui propose plusieurs dépliants-posters (attention, il faut les demander, juste après avoir pénétré dans le musée, à l'accueil situé sur la gauche, où ils sont jalousement rangés dans une étagère et distribués avec parcimonie) : chacun offre une sélection d'œuvres regroupées autour d'un thème ; le support est peu pratique, les sujets un peu bébêtes ("princes et princesses", "héros", "sports de combat") et pas complètement adaptés au contenu du musée, mais l'idée est bonne (parcourir le musée à la recherche de quelques œuvres que l'on regardera de plus près), et d'autant plus bienvenue dans un si grand musée.

Crayons, carnets ou livrets, tout cela, allez-vous me dire, n'est pas bien original. Mais s'il reste de la place dans votre sac à dos à côté du goûter, j'ai plus ringard encore à vous proposer : glissez-y un livre ! Certains ouvrages peuvent à la fois permettre de préparer la visite avec vos enfants, et les accompagner ensuite à travers le musée. Ils ont cet avantage sur les dépliants et autres posters d'avoir été à votre disposition chez vous ou pendant votre trajet dans les transports en commun, mais aussi de fournir aux jeunes visiteurs des informations susceptibles d'attiser leur curiosité. Il existe évidemment pléthore de livres pour enfants consacrés aux plus grands musées français ; beaucoup sont cependant très riches, à la fois en images et en informations, et donc peu adaptés aux plus jeunes. On retrouve encore une fois dans ces documentaires l'approche scolaire qui est, en France, celle du contact que les enfants ont avec les musées (même si aujourd'hui Vigipirate empêche la plupart d'entre eux de s'y rendre avec leur classe, en tout cas en primaire). A les lire, on a l'impression que visiter un musée n'est intéressant que lorsqu'on étudie l'Histoire et que l'on commence à en maîtriser les principales périodes, ce qui intervient assez tard finalement. Je vous proposerai, à rebours de cette approche, des ouvrages qui invitent les enfants non pas à apprendre, mais à rêver et à voyager grâce aux œuvres exposées dans les musées. Il existe ainsi une collection très bien faite, écrite par l'excellente Marie Sellier, dont chaque volume est consacré à un musée en particulier, les titres déclinant la formule Mon petit Louvre / Orsay / Versailles etc. Je suis loin de les avoir tous explorés, mais la formule est plaisante autant qu'efficace : le livre commence comme un inventaire à la Prévert ("Au Louvre, il y a..."), rythmé par la répétition des "il y a" qui l'apparente à une poésie ; chaque double page présente une œuvre du musée, photographiée d'un côté, et décrite de l'autre - encore que décrire ne soit pas le terme approprié. Dans Mon petit Louvre, par exemple, ce sont souvent les œuvres ou les personnages qu'elles représentent qui parlent à la première personne ; le court texte qui accompagne chaque œuvre amène l'enfant à se poser des questions, à regarder de plus près un détail, à interroger ses propres sensations ou émotions. On est donc très loin d'une description informative ou technique : en lisant ces petits livres on se promène déjà dans le musée comme dans un monde imaginaire peuplé de personnages mystérieux ou fascinants. Leur lecture prépare très bien l'enfant à sa visite, en lui donnant envie de voir les œuvres "en vrai", et en ménageant le plaisir de la reconnaissance une fois sur place. Et nous avons également emporté certains de ces ouvrages lors de nos visites, au musée Guimet notamment, où notre aînée a pris goût pour ce jeu de "cherche et trouve" qu'elle reproduit aujourd'hui avec les dépliants des musées. La recette rencontre un peu moins de succès dans les grands musées, soit parce qu'on ne les parcourt jamais en entier (comme le Louvre, mais reconnaître les œuvres découvertes auparavant lors de la lecture reste un plaisir, même s'il est moins répété), soit parce que les œuvres exposées subissent une rotation qui rend le livre vite obsolète (c'est notamment le cas de Mon petit Centre Pompidou). Dans ce cas, emporter l'ouvrage dans son sac est moins indispensable, mais il reste une bonne porte d'entrée dans la visite que vous projetez de faire avec votre enfant.

Il est également possible de laisser une part plus grande à l'imaginaire dans cette préparation de visite par les livres. Nous avons rencontré un grand succès de ce côté avec le livre qui m'a inspiré le titre de cet article, Petit Noun. Il appartient à une autre merveilleuse collection de livres sur l'art destinés aux enfants, la collection "Pont des arts" aux éditions de L'Elan vert, qui compte aujourd'hui 60 ouvrages, la plupart consacrés à une œuvre qui inspire à la fois l'auteur et l'illustrateur pour la création d'une histoire et d'un univers originaux (l'œuvre inspiratrice est toujours reproduite à la fin de l'ouvrage, et l'enfant découvre avec étonnement qu'il a en fait voyagé à l'intérieur d'une œuvre d'art célèbre ou vers elle). Petit Noun est un hippopotame bleu qui vit sur les bords du Nil en des temps immémoriaux ; il a accompagné un ami humain dans la tombe, mais sort un jour de l'oubli pour un voyage initiatique qui l'amène à rejoindre les siens dans une vitrine d'un célèbre musée parisien. L'histoire et les illustrations, toutes douces et poétiques, ont immédiatement séduit notre aînée, alors qu'elle avait 2 ans et demi. Retrouver petit Noun dans sa vitrine est devenu alors une sorte de pèlerinage, nous rendions visite à un ami pour lui remonter le moral - "il est tout seul, il est triste". Cet attachement affectif, qui nous forçait parfois à traverser tout le musée juste pour voir petit Noun avant de partir, a duré assez longtemps, et participe peut-être de la tendresse toute particulière que nous avons tous pour les visites au Louvre : en même temps qu'un lieu de promenade agréable à parcourir (si l'on sait éviter les sections surpeuplées pour privilégier, par exemple, la section "sculpture française", toujours tranquille), le musée était un lieu de retrouvailles avec un personnage aimé, avec un imaginaire porté par un joli livre que nous avions plaisir à relire à la maison. Récemment mon mari l'a emporté avec lui alors qu'il visitait le Louvre avec notre aînée et certains de ses camarades (il s'agissait d'une visite en famille dans le cadre d'un projet d'école, pas d'une visite scolaire), et il a remporté un franc succès en le lisant face à la vitrine pour ma fille et l'une de ses copines (qui ne connaissait pas le livre). Les enfants apprécient toujours les visites contées que nous avons pu tester (à la Cité de la musique ou au Quai Branly, par exemple, mais nous en avons croisé de nombreuses, tout aussi attirantes, au musée Guimet par exemple, ou à la Fondation Vuitton) - alors pourquoi pas des visites-lectures ?


Collection "Mon petit…", ouvrages de Marie Sellier publiés par la Réunion des musées nationaux : 10 opus consacrés à des musées parisiens (et Versailles), conseillés à partir de 5 ans (mais on peut les lire avant !) - 10 euros ; auxquels s'ajoutent 3 opus consacrés à des peintres (Cézanne, Matisse, Degas), conseillés à partir de 8 ans ; prix entre 12 et 13,50 euros.

Collection Pont des Arts : ouvrages de divers auteurs (un tandem auteur-illustrateur), consacrés à une œuvre précise le plus souvent, le choix d'œuvres allant de la préhistoire à Pompon, en passant par Monet, Bosch ou Delacroix ; plusieurs volumes sont consacrés à des œuvres présentent au Louvre (outre Petit Noun, la Joconde, Le Radeau de la Méduse, La Liberté guidant le peuple), mais l'impressionnisme et l'art moderne ne sont pas négligés, chaque période historique se voyant consacrer au moins un ouvrage ; âges conseillés divers selon les volumes ; prix autour de 14-15 euros.

mardi 12 avril 2016

Princes et princesses – épisode 1

(Châteaux de la Loire – une sélection)

À en croire les affiches que l’on peut lire ces derniers temps dans les couloirs du métro, il est temps de penser à organiser vos vacances d’été, si ce n’est déjà fait. Une série de publicités en particulier m’a donné envie de me replonger dans mes souvenirs (et dans mes photographies) du mois de juillet dernier, où nous avions passé dix jours à rayonner aux environs de Tours. On y voit un enfant et un chevalier, sur fond de château de Chambord ; l’image et le slogan sont clairs, les enfants sont les bienvenus à Chambord et dans les châteaux du Val de Loire, notamment dans ceux qui portent l’estampille des P’tits curieux (1). Un label qui exploite un a priori positif associé aux châteaux de la Loire, où les enfants retrouvent un imaginaire familier, celui des chevaliers et des princesses.

Nous-mêmes, c’est bien en pensant que cet imaginaire et ses décors de conte de fée enchanteraient nos enfants (tout en satisfaisant le besoin de visites culturelles de leurs parents), que nous avions choisi cette destination. L’été dernier, avec notre aînée qui avait alors 3 ans et demi, et la petite qui n’avait même pas six mois, en voiture ou en train, nous avons fait voyager dans le temps poussette et porte-bébé en visitant sept châteaux bien différents. Je vous propose ici notre sélection, en forme de palmarès inversé, des plus connus aux plus ludiques.


Chenonceau, Chambord, Amboise : oh les beaux décors !



Car si leur architecture ou leur cadre sont propices à l’imagination et nous plongent d’emblée dans un univers mi-historique mi-féérique, les châteaux où les foules de touristes affluent ne sont pas nécessairement ceux qui font le plus d’effort pour conquérir les enfants (sans doute parce qu’ils n’en ont pas besoin). Qu’on ne s’y trompe pas, je ne veux pas dire que notre grande n’a pas adoré visiter Chenonceau et Chambord ! Admirer les jardins à la française, parcourir les salles richement meublées (mais un peu trop étroites aux jours de grande affluence, surtout quand on conduit une poussette…) et traverser le Cher grâce au pont-galerie de Chenonceau, c’était pour elle devenir un personnage de conte : il fallait la voir avancer en tenant le devant de sa jupe à la manière d’une princesse ! Elle a également aimé se perdre dans le labyrinthe, seul élément ludique de la visite, caché dans le parc du château : ce dernier ne semble pas très étendu mais offre divers recoins charmants et agréables, devant lesquels les visiteurs passent souvent sans s’arrêter, comme le Jardin Vert, espace de calme isolé par de grands arbres, ou encore la cour de la charmante ferme du XVIe siècle, qui accueille la galerie des attelages (qui a plus intéressé notre fille que le petit musée de cire, bien plus fréquenté), et qui ouvre sur le Potager des Fleurs. Ce dernier, havre de paix où résonne le glouglou de petites fontaines, nous a menés, avant le départ, jusqu’au parc aux ânes, sympathique final champêtre, inattendu dans un tel cadre. Finalement, Chenonceau nous a au moins autant plu pour ses divers espaces verts (auquel il faut ajouter la promenade ombragée de l’autre côté du Cher) que pour l’opulente beauté de ses intérieurs.

L’extérieur n’est par contre pas le meilleur atout du château de Chambord : certes, son domaine est immense, et offre de multiples possibilités de grandes promenades, en vélo ou à cheval. Mais si l’on n’a pas la fibre sportive, il ne vous reste qu’une immense pelouse jaunie par la canicule, qui a pour avantage de permettre d’admirer les cheminées du château avec pas mal de recul. La magie de Chambord repose essentiellement sur son architecture facétieuse, des cheminées ciselées à l’escalier double où l’on peut se faire signe à travers de petites fenêtres. Un moment de jeu, comme l’est également l’exploration du toit-terrasse du château, avec sa forêt de cheminées et de tourelles – une architecture facétieuse, est-il besoin de le préciser, s’avère impraticable en poussette : prévoir un porte-bébé. À l’intérieur, à l’exception de quelques salles, règne le dépouillement des murs de pierre et de leurs ciselures. Les toiles d’un artiste contemporain inspiré par la figure de François Ier ornent (ou défigurent, c’est affaire de goût) certains de ces murs trop nus. Qu’importe ! Le décor est splendide, et quel plaisir de le retrouver ensuite avec notre fille en lui faisant découvrir l’onirique Peau d’âne de Jacques Demy !

Comme Chenonceau, Chambord n’a besoin de rien pour séduire et attirer les enfants et, à part quelques portraits de rois et reine où ils peuvent glisser leur joli minois, rien ne leur est spécifiquement destiné. Certes, Chambord propose plusieurs supports ludiques (payants, bien entendu) : un audio-guide ou audio-pad pour les enfants à partir de 5 ans, et deux livrets d’énigmes (à partir de 8 ans), l’un pour le château, l’autre pour l’extérieur – sans oublier des visites guidées ludiques et une chasse au trésor ! Mais un enfant plus jeune (ou dont les parents n’ont pas voulu alourdir le coût de leur visite) risque de se trouver un peu noyé dans le flot des touristes.

Car, en ces lieux archi-fréquentés que sont Chambord et Chenonceau, ou encore le château d’Amboise (qui, comme Chambord, offre un espace extérieur limité, mais une magnifique chapelle et de belles vues sur la Loire), l’enfant, tout émerveillé qu’il soit, est avant tout un touriste comme les autres, et le client idéal pour des boutiques à souvenir pléthoriques, qui font la part belle aux petits : votre enfant vous a suivi sagement à travers les salles du château, jouant gentiment à « cherchons la salamandre » ? Vous pourrez le récompenser avec un coloriage, un crayon customisé, une figurine ou, mieux encore, un accessoire qui le transformera en chevalier ou en princesse. Casques pour les garçons, couronnes (roses) pour les filles, boucliers et épées – pour les filles, existent en rose orné de fleurs, la maman féministe qui ne sommeille jamais en moi en grogne encore ! – vous trouverez tout le nécessaire pour transformer votre minot en héros de conte ou d’épopée. Un déguisement qui aurait donné un tour ludique à la visite si l’on avait pu l’acheter avant… Qu’à cela ne tienne ! C’est armée de son épée et casquée comme une vraie chevalière (et oui, nous avons nous aussi cédé aux sirènes du commerce touristique) que notre fille a pénétré dans les autres châteaux que nous avons visités – la suite au prochain épisode !

(1) Le site http://www.coeur-val-de-loire.com/sorties-en-famille/ répertorie les visites et activités destinées aux familles et aux enfants dans la région ; voir notamment la rubrique « Histoire et culture » qui liste les livrets, parcours, visites ludiques et autres chasses aux trésors proposées dans les nombreux châteaux de la région (avec les âges concernés et un petit descriptif). À consulter pour choisir et programmer ses visites (à vue de nez, rien avant 3 ans, peu de choses avant 5-6 ans).

Crédits photographiques exceptionnels (sauf pour la 2e) : ma maman !

vendredi 18 mars 2016

Du plâtre et des jeux !

(Cité de l’Architecture et du Patrimoine)

Ce n’était pourtant pas notre première visite dans cette version modernisée de l’ancien Musée des Monuments français – nous l’avions visité lors de sa réouverture en 2007 (il avait été rebaptisé pour l’occasion du titre plus contemporain de Cité de l’Architecture et du Patrimoine), sans enfants, puis avec notre aînée quand elle avait 2 ans. Mais nous avons été surpris – et un peu pris de court – par la quantité d’activités offertes aux jeunes visiteurs.


La visite avait débuté sous de mauvais auspices : venant un samedi de fin de vacances sur la foi d’informations présentes sur le site du musée, qui annonçait une animation destinée aux enfants, nous avons appris que rien n’était organisé ce jour-là. « Si vous pouvez, revenez demain », nous répondit-on, comme si nous logions dans le 16e arrondissement ! Après avoir confirmé que le site n’est pas fiable (informations obsolètes dans l’onglet « Jeune public », et imprécises dans l’onglet « En famille »), on nous tend la brochure qui contient le descriptif et les dates des différents ateliers – brochure introuvable sur le site, mais que l’on peut demander à recevoir par courrier… Effectivement, il est plus rapide de se déplacer au musée !

Nous demandons alors s’il existe un livret-jeu pour les enfants ; là, deuxième sujet d’agacement : le musée propose cinq livrets-jeux différents, trois pour les 7-12 ans et deux à partir de 5 ans. Quelle abondance ! Sauf que ces livrets, il faut les acheter, entre 1,50 euros et 2,50 euros. Et personne ne nous signale le « Parcours-jeu » disponible gratuitement sur les présentoirs (à partir de 6 ans) – un simple feuillet plié en quatre, proposant huit questions qui attirent l’attention sur quelques œuvres de la Galerie des moulages et, davantage, de la Galerie d’architecture moderne et contemporaine.

Armés de ce squelette de livret, d’un cahier payant intitulé « Cache-Cache Moulages » et d’un stylo, nous entrons dans la Galerie des Moulages, bien décidés à exploiter ce matériel ludo-pédagogique pour faire admirer à notre fille ces reproductions de tympans, portails, chapiteaux, et autres morceaux de cathédrales et de monuments des quatre coins de la France. Mais ce parcours ambitieux a vite tourné court. La faute au manque de concentration de notre fille (un crime, à 4 ans) ? Non, la faute au musée !

Il faut dire, tout d’abord, que le jeu de cache-cache organisé par le livret dans la Galerie des Moulages n’est pas si amusant : les jolis autocollants colorés, qu’il s’agit de repérer au sol pour identifier l’œuvre qui fait l’objet de chaque question, sont parfois manquants, ou un peu trop bien cachés ; de plus, un grand nombre de questions exigent que l’enfant reconnaisse, parmi un grand nombre d’animaux ou de colonnes dessinés sur son livret, les deux ou trois présents dans l’œuvre qu’il observe. Des motifs parfois situés en hauteur, ou légèrement endommagés, ce qui rend la quête d’autant plus difficile que les solutions proposées par le livret sont foisonnantes. Et je doute qu’avec un an ou deux de plus la difficulté serait tombée : j’avais moi-même besoin de vérifier les réponses dans les solutions, heureusement fournies à la fin ! L’aspect répétitif des questions s’ajoutant à leur difficulté, ce livret, malgré ses couleurs vives et son titre séduisant, nous a vite semblé fastidieux à tous. Quant au « Parcours-jeu », il est trop limité pour constituer un fil rouge à la visite.

Mais le véritable responsable du « décrochage » si rapide de notre fille, c’est le musée lui-même, avec ses innombrables activités offertes aux enfants qui s’y promènent. Des activités qui sont « posées » un peu partout dans la Galerie des Moulages, et que leur manque d’accompagnement apparente plus à des jeux : de grandes formes en plastique à superposer pour inventer, à l’infini, des créatures aussi fantastiques que celles qui habitent les portails et chapiteaux de nos cathédrales ; un puzzle en vitrail, mais aussi une cathédrale en plastique transparent que l’on peut recouvrir de vitraux grâce à des formes multicolores en film plastique translucide (à faire selon le principe de l’énergie électrostatique – mon bras s’en ressent encore de les avoir frottées dessus !) ; un portail dont il faut recombiner les différents éléments (ce qui peut donner lieu à des créations très personnelles !), des charpentes à reconstituer, ainsi qu’une voûte d’ogive (à la fin, vous retirez le support et ça ne tombe pas – effet garanti, si votre fille n’est pas, comme la nôtre, trop peureuse pour accepter de prendre le risque !). Ces dernières activités attiraient d’ailleurs aussi les adultes. Ajoutez à cela des écrans épars dans toute la Galerie, et vous comprendrez qu’une enfant de quatre ans n’ait pas eu envie de rester plantée devant des moulages à répondre à des questions trop difficiles.

               
         

Pour elle, c’était parfait : elle n’a cessé de répéter combien ce musée était « chouette », « génial », « super ». Enthousiaste, elle allait d’une activité à l’autre, toujours à la recherche de la suivante. Mais pour moi (et pour sa sœur qui, bloquée dans la poussette, la voyait jouer sans pouvoir participer – ce qui l’a rendue grognon comme elle ne l’est jamais dans un musée), c’était plutôt frustrant. Impossible de montrer à ma fille les créatures bizarres et composites des moulages pour lui faire comprendre pourquoi elle pouvait elle aussi créer des animaux mi-girafe mi-chat. Difficile de lui faire observer le tympan dont elle reproduisait pourtant la structure, ou de lui expliquer à quoi correspondaient ces jeux de construction qui étaient en fait des charpentes… Bref, la prof qui ne sommeille jamais en moi piaffait d’impatience, et a fini par renoncer à expliquer quoi que ce soit. Ce n’est que dans la Galerie d’architecture moderne et contemporaine, qui présente des dizaines de maquettes de bâtiments variés, et qui permet surtout la découverte d’un appartement de la Cité radieuse de Le Corbusier à Marseille, que nous avons eu l’impression de quitter le jeu pour reprendre une véritable visite.

Pourtant, il y avait matière à combiner ludique et éducatif, et assez facilement : il aurait suffi d’un petit livret à remplir, avec quelques questions d’observation faciles, et quelques explications toutes simples introduisant aux différentes activités proposées, pour faire le lien entre ces jeux et ce qui entoure l’enfant tout au long de sa visite – les moulages impressionnants de monuments magnifiques, dans une espèce de galerie-cathédrale très aérée, très lumineuse, où l’on a l’impression de se promener. On a le sentiment que les conservateurs de ce musée ont voulu attirer les visiteurs de tous âges avec des écrans et des jeux, mais sans se mettre véritablement à la place des enfants – et de leurs parents, qui se sentent démunis pour les guider et sont réduits à les suivre de jeu en jeu. Un sentiment qui a été confirmé par un petit incident – anecdotique, certes, mais qui a clos notre visite sur une note négative : dans la fascinante Galerie des peintures murales et des vitraux, où sont reconstituées, avec leurs peintures et fresques, des églises perdues dans la campagne française, des spots sont installés par terre, tentation à laquelle notre fille s’est brûlé les doigts… Pour un musée qui se veut aussi « kids friendly », ce genre de détail est révélateur – de même que l’attitude du personnel, qui n’a pas montré plus de compassion face au gros bobo que d’embarras face au couac sur le site internet. Le musée offre de nombreuses activités pour occuper les enfants, mais rien, autour, ne donne l’impression qu’ils sont vraiment les bienvenus – mais peut-être, restant sur une impression négative, forcé-je un peu le trait.

Car au fond c’est un superbe musée, très agréable, qui offre une promenade dans le passé – et épargne des kilomètres sur les routes françaises ! Je garde le souvenir de la première découverte de ces salles par notre fille à deux ans, sa curiosité éveillée quand un ange attirait son regard – une visite guidée par sa liberté, et non contrainte par des jeux.


Palais de Chaillot, place du Trocadéro.
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 19h (nocturne le jeudi jusqu'à 21h).
Tarif : 8 euros (12 euros avec les expositions temporaires). Gratuit pour les moins de 18 ans (et les 18-25 ans de l'UE).
Divers ateliers et visites animées sont proposés aux familles (dès 4 ans pour certains ateliers proposés les dimanche). Tarif : 8 euros.

Aucun espace prévu pour goûter : on s'installe dans l'entrée, où de vagues sièges sont disposés. Sortie temporaire autorisée.